Une langue sacrifiée sur l’autel d’une émancipation manquée

Une collègue enseignante qui est linguiste et bien meilleure grammairienne que moi, étudie depuis longtemps les dérives de la langue, de la syntaxe, de la compréhension et l’organisation des phrases simples et complèxes, tant à l’oral qu’à l’écrit. Le constat de son travail est stupéfiant. L’incapacité des intervenants du milieu éducatif, mais aussi dans les domaines politique et médiatique, de maîtriser ne serait-ce que les codes de base en syntaxe orale et écrite depuis trop longtemps fait en sorte que le français standard se créolise de plus en plus. La conséquence en est que nombre de francophones québécois et canadiens ne maîtrisent plus le code eux non plus; cette spirale de défaillance se traduira (à court terme) par un écart si important entre un français correct et la langue standard que cette dernière n’aura plus d’assises et de liens logiques avec le code. On constate cet état de fait quotidiennement au sein de nos groupes d’étudiants de niveau collégial et universitaire, alors que l’on devrait s’attendre de ceux-ci qu’ils maîtrisent le code et la grammaire.

Quand on laisse filtrer au sein des facultés d’éducation nombre de futurs enseignants qui ne maîtrisent pas le code, la table est mise pour la culture de l’échec se perpétue sans cesse. On abaisse les notes de passage (et les critères d’évaluation) pour permettre à plus de futurs enseignants de combler les vides criants du système scolaire québécois.

Quand on combine cet état de fait avec le phénomène de marginalisation de la langue correcte dans les médias, le nombre grandissant d’émissions pseudo-réalité où l’apparence physique, le « tour de bras » et les mensurations féminines sont plus importantes que le message; quand on « garroche » n’importe quel analyste sportif sur les ondes de radios populaires de sport 24/7 sans aucuns égards à la qualité de la langue (combien d’entre eux ne peuvent même construire une phrase simple! et que dire des intervenants qui participent aux interminables jérémiades publiques au sujet apparemment inépuisable des insuccès du tricolore…); quand le critique en matière d’éducation de l’opposition officielle au parlement québécois, issu d’un parti qui prône, ne l’oublions pas, l’abolition des commissions scolaires sans solution de rechange sinon que de « pelleter » le problème dans la cour des municipalités, quand ce critique ne peut même produire un document officiel sans prendre le temps de le réviser; on sait que la joute est perdue…

Mon expérience dans le domaine de l’enseignement post-secondaire me laisse assez pessimiste. Ma femme enfantera de notre premier enfant sous peu. Ses enfants à lui n’auront du français qu’une vague effluve créole, un souvenir caduque d’une langue que l’on a jettée, quelque part aux détours de la révolution tranquille, avec toutes nos traditions, au nom d’une émancipation que mes parents « baby-boomers » n’auront pas eu le courage d’accomplir. Il faudra bien un jour que l’on se la pose cette foutue question : « quel héritage nous aura laissé cette génération après tout??? »

~ par delorimier sur 5 décembre 2007.

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