La droite radicale du Québec, section francophone du Tea Party!

Un de mes anciens étudiants au niveau collégial, aujourd’hui en 4e année à l’université, s’est trouvé dans la foule éparse qui a écouté le libertarien par excellence, le « poster boy de la nouvelle droite canadienne », Maxime Bernier à l’Université Laval, mercredi dernier. Par Facebook, je recevais les réflexions de cet étudiant à mesure que se déroulait l’allocution du Beauceron. Au départ, j’ai cru à une blague, le genre de bien-cuit où un politicien accepte de faire œuvre d’auto-dérision.

À mon grand étonnement, (mais qui conseille le grand Max nom de Dieu!!!) c’est avec sérieux que le backbencher conservateur (c’est ainsi que la presse du ROC aime le qualifier) a tenté de faire appel au cliché le plus répandu du monde post-secondaire, le coude levé, le goulot de la bière. C’est vraiment prendre les étudiants pour des cons, comme si la seule mention du mot BIÈRE vous assurait la sympathie de votre auditoire. Dans la section Molson Ex du Centre Bell en fin de 2e peut-être, mais quand des étudiants prennent le temps de vous écouter, dans un contexte sérieux, de faire le rapprochement entre le prix plancher de la bière, et l’intrusion du gouvernement dans la vie des gens, c’est vraiment prendre le monde pour des valises…

D’ailleurs, au fil des commentaires que m’envoyait mon ancien étudiant, je pouvais bien sentir que le député beauceron était loin de s’attirer la sympathie de son auditoire, même les étudiants qui avaient invité le député ont semblé agacés par son discours et par les raccourcis simplistes et démagogiques qui sont à la base de l’argumentaire du libertarien. Le malaise était palpable notamment, selon mon contact là-bas, lorsque le député beauceron a tenté de justifier l’abandon du questionnaire obligatoire du recensement par son gouvernement au nom de l’intrusion de la « vie privée ». Une étudiante a soulevé, statistiques à l’appui, la futilité de l’argument des plaintes qu’avance constamment le député Bernier, mais également la longue liste de tous ceux qui ont condamné cette initiative du gouvernement qui, rappelons-le, n’est qu’une autre façon d’attaquer les intellectuels et les faits que révèlent cette enquête fondamentale, notamment dans le domaine de la criminalité.

De Pat Strogan (ombudsman des Anciens Combattants) à Linda Keen (de la sécurité nucléaire), la liste est longue des intellectuels qui ont été persécutés, harcelés, licenciés et injustement traités par les Conservateurs que représente Maxime Bernier. Le statisticien en chef du Canada, Munir Sheikh, dont tous ont souligné le professionnalisme et l’intégrité, a récemment subi les foudres du gouvernement pour avoir défendu le mandat de son ministère; et comment ne pas mentionner le triste sort de Rémy Beauregard, l’ancien président de Droits et Démocratie, un organisme créé par le gouvernement de Brian Mulroney pour promouvoir les valeurs démocratiques sur la planète! Passé à la moulinette par des amis du régime Harper afin que cet organisme, indépendant du gouvernement!, soit plus favorable aux revendications des israéliens, le harcèlement fut si intense que l’homme est décédé des suites d’une crise cardiaque suite à une houleuse réunion du c.a. de l’organisme…

***

Le problème avec l’argumentaire des libertariens canadiens comme Maxime Bernier, c’est qu’il repose essentiellement sur l’abandon, voire l’anéantissement, des valeurs mêmes qui ont permis à un petit peuple (en nombre!!!) francophone, dans une mer saxonne plus de 180 fois importante que lui, de survivre, d’espérer la survivance, la pérennité et la prospérité. Ces valeurs ont tout à voir avec l’esprit communautaire (dans le sens de communauté/collectivité vs individu), l’entraide, la mise en commun des possibles (notamment en économie par la création d’outils copiés même dans les sociétés les plus axées sur le libéralisme économique, tels que la CDPQ et la SGF).

De mettre la hache dans tout ce que la société québécoise s’est donné comme outils pour assurer le bien commun de tous peut paraître intéressant pour les gorges chaudes des « angry white males » de la radio-poubelle et les chroniqueurs frustrés de leur passage à l’ADQ, la réalité c’est que la majorité des Québécois rebifferont devant la perspective de devoir payer pour chaque service, toujours au profit de quelques nantis qui eux, seront les seuls à profiter de ce libéralisme économique et social tant voulu par la droite individualiste.

D’ailleurs, il est intéressant de voir qu’au Québec, les tenants de la droite radicale, libertarienne et individualiste savent que leur message est trop radical pour la population. C’est pourquoi ils l’enrobent de concepts creux comme ce merveilleux euphémisme qu’est la « droite sociale »!!! Quelle joke! Le même non-sens que le défunt parti « Progressiste-Conservateur ». Comme le fermier qui nomme son cheval Avance-Ercule! D’un côté, les tenants de la droite radicale au Québec disent à toutes les tribunes que le Parti libéral du Québec est un parti de gauche!!!, de l’autre ils tentent de minimiser les impacts dévastateurs du libéralisme économique qu’ils prônent en d’une droite « sociale », qui comme par magie, n’a pas d’effets collatéraux. Pourtant, c’est le propre même du libéralisme économique que la droite radicale prône que de créer une classe de très riche, d’éliminer la classe moyenne et grandir le lot des plus démunis, des plus endettés, finalement des plus mal pris.

Le dernier livre d’A. Huffington est, en ce sens, un témoignage sidérant des effets et des conséquences de ce même libéralisme économique chez nos voisins du sud. On peut y lire, par exemple, nombre de joueurs clés des administrations Reagan, Bush et W. Bush qui questionnent ouvertement les conséquences de leurs politiques économiques axées sur le libéralisme à la lumière de l’état de la société états-uniennes aujourd’hui. D’ailleurs, la crise économique de 2008-2009, dont nous souffrons encore aujourd’hui les effets, est un produit direct de ce libéralisme économique américain.

Quand vous entendrez un hurluberlu de la droite radicale québécoise du Réseau libaaarté Québec, la section francophone du Tea Party américain, vous chanter que le Parti Libéral du Québec est un parti de gauche, sachez à qui vous avez affaire. Cela vous donnera une idée du radicalisme de ses positions sociales et économiques.

~ par delorimier sur 13 novembre 2010.

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