Le NPD et le Québec-une histoire marquée par le doute et la confrontation

J’y vais de mémoire, on me pardonnera quelques inexactitudes dans le temps, mais la situation est encore très claire dans ma tête. Jeune cégépien et militant de gauche, avec quelques acolytes, nous nous intéressons à la politique provinciale. Nous sommes en 1993 et des élections sont prévues en 1994 au Québec. À cette époque, notre association étudiante au Cégep est très politisée, à l’image de la région de l’Outaouais, certains sont associés aux libéraux et sont fédéralistes, d’autres sont souverainistes, parfois avec le PQ, sinon plus à gauche. On est avant l’ère de Québec-Solidaire, en fait, on est dans les sillons de ce qui verra naître l’embryon d’un parti de gauche au Québec.

Des vieux maoïstes et certains trotskystes avaient réussi à nous intéresser à leur journal, La Gauche, – dans lequel j’ai d’ailleurs signé mes premiers textes publiés!- si ma mémoire est bonne à propos de la réforme Robillard! Toujours est-il que dans nos rencontres régionales entre militants de gauche, la même question revenait sans cesse, la nécessité de former un véritable parti?, regroupement?, mouvement?, de gauche qui rassemblerait toutes les forces de gauche dans la province, si possible avant la prochaine élection provinciale.

Il existait à cette époque plusieurs groupes de gauche, certains plus radicaux que d’autres, les uns prônaient la création d’un parti politique conventionnel, d’autres un mouvement citoyen n’ayant pas d’assise dans l’arène politique institutionnelle. Pour ma part, je n’étais pas encore convaincu de la pertinence de créer un parti politique jusqu’à ce que je rencontre un vieux routier de la gauche à Montréal, un certain M. Penner, éditeur si ma mémoire est bonne. Cet anglophone de Montréal par force arguments bien ancrés dans l’histoire, m’avait fait réfléchir à la pertinence pour la gauche d’occuper le terrain de la politique institutionnelle, seul véritable moyen d’infléchir une société comme le Québec, vers des politiques de gauche. Là-dessus, on était d’accord, Montréal est peu propice pour la guérilla Che Guevarienne!

Un point de discorde cependant. Cet homme dont je partageais bien des idéaux était résolument fédéraliste, il avait connu la scission du NPD-Québec d’avec son frère fédéral sur la question du droit à l’autodétermination du Québec. Homme d’une grande tolérance sur cette question, il avait tout de même continué à militer dans les instances du NPD-Québec jugeant que l’idéal de gauche était plus fondamental que la question nationale. Pour ma part, l’indépendance du Québec était à la base de mon intérêt politique. D’ailleurs, la question nationale divisait bien des acteurs de la gauche à cette époque, comme cela est encore le cas aujourd’hui. J’y reviendrai dans une autre entrée de mon blogue.

De fil en aiguille, mes rencontres montréalaises du milieu de la gauche m’ont permis de rencontrer la présidente d’une enième mouture d’un parti progressiste de gauche provincial, le NPD-Québec, Jocelyne Dupuis si ma mémoire m’est fidèle (encore! mais je suis loin de mes notes écrites de cette époque). On préparait alors le terrain pour la campagne électorale de septembre 1994 au Québec. En ce début se session collégiale, j’avais été élu à la présidence de notre association étudiante et deux différentes formations politiques m’avaient approché afin de jouer un rôle au sein de la campagne électorale à venir. Le tout s’est joué autour d’un feu de camp bien arrosé, à la fin d’une nuit complète de discussion politique et sociale avec un acteur important de l’historiographie québécoise et du NPD-Québec d’alors, Paul Rose.

Nostalgique de l’activisme social des années 60 et 70, j’avais lu beaucoup déjà sur cette période. Le professeur d’histoire Roger Blanchette, sentant mon intérêt, m’avait mis entre les mains une édition toute défraîchie des Nègres blanc d’Amérique, de Vallière. Bien que rejetant l’action politique violente, j’avais beaucoup de respect pour les idéalistes qui avaient tenté de d’inscrire le Québec dans le courant des révolutions néocoloniales des années 60-70. Bref, au terme d’une nuit mouvementée de discussion politique avec M. Rose, j’acceptais de devenir candidat du NPD-Québec pour l’élection provinciale de 1994. Fait à noter, je n’étais, ni n’ai jamais été membre de ce parti. Il était clair que ma participation à cette élection se faisait au prix de deux grandes revendications ; a) inscrire le projet de l’indépendance du Québec au premier plan de ma campagne, b) mobiliser les jeunes, ma génération quoi, dans le processus politique et faire campagne sur des thèmes qui les touchaient (la réforme Robillard notamment).

Dans les deux cas, cela a créé des frictions avec certains membres influents du NPD-Québec. Je le nommais, M. Penner, pour un, acceptait très mal que le thème de l’indépendance ait préséance sur la défense d’un idéal de gauche où la question nationale est mise en veilleuse. Le tout a failli basculer en catastrophe quand j’ai carrément refusé le texte qui devait se retrouver sur nos dépliants de campagne… dont l’impression revenait justement à M. Penner! Je me souviens encore que c’est M. Rose qui avait dû convaincre d’imprimer une autre plaquette avec un texte de mon cru où la revendication première était l’indépendance du Québec, vers la gauche. Ce n’est pas d’hier que la question nationale divise les forces progressistes au NPD dans la province québécoise!

Plus tard, le NPD-Québec revivra dans une forme résolument fédéraliste et les tenants d’une gauche indépendantiste formeront différentes moutures de parti, du PDS, à l’UFP jusqu’à la formation de Québec-Solidaire. Bien que j’aie beaucoup aimé mon expérience politique, j’ai quitté le militantisme politique actif suite au référendum tronqué-avorté de 1995. J’ai toujours, tout de même, gardé un œil discret sur les activités du NPD au Québec, de loin, comme un amant déçu.

Quand aujourd’hui j’entends les promesses mielleuses du NPD envers le Québec, je garde mes distances, je demeure très sceptique. Quand je constate le silence de certains candidats du NPD en ce qui concerne la question nationale au Québec, toujours actuelle, je comprends mieux que quiconque que la question dérange encore aujourd’hui autant qu’elle ne le faisait il y a 20 ans. Le NPD réussira peut-être à garder le couvercle sur la marmite en attendant le jour du vote, mais quand viendra le temps des choix difficiles entre les intérêts du Québec, souvent divergents de ceux des Canadiens, c’est normal, il s’agit de deux nations distinctes, la députation québécoise (qui sera menée par Mulcair, cet ancien d’Alliance Québec) sera tenue au silence, ou pire, sera forcée d’être complice d’un Canada qui se développe selon ses intérêts au détriment du Québec, comme dans le cas de Churchill ou lorsqu’il sera question de la langue…

*** Ajout ***

le 14 mars 2013, on apprend la mort de Paul Rose.

Un vieux pote est mort ce matin. Je dis un vieux pote même si je ne l’avais pas vu depuis quelques années. Quand j’ai rencontré cette figure marquante de l’histoire du Québec au début des années 90, il militait dans les groupes de gauche de Montréal, et toujours pour la souveraineté. Il m’a convaincu, alors âgé d’à peine 20 ans, d’être candidat aux élections provinciales de 1994 au Québec (pour le NPD-Québec). À cause de lui je peux dire : « la première fois que j’ai voté, j’ai voté pour moi! » Difficile de se tromper! Mais surtout, il m’a donné confiance en nous.

Je ne me prononcerai pas sur ses actions du passé, bien que j’aie eu l’immense opportunité de voir avec lui le film Octobre de Pierre Falardeau, auquel il n’avait pas contribué. Nous avions jasé du passé. Mais c’était avant tout un homme de l’action présente. Je me souviens encore avec humilité, une conférence de presse sous le pont Jacques Cartier à Montréal pour les élections. Une de mes premières fois dans la métropole. Sa priorité, l’indépendance, mais aussi redonner la parole aux moins nantis, aux exclus. Un moment grisant.

R.I.P. Paul Rose.

http://www.quebecpolitique.com/partis-politiques/les-partis/parti-de-la-democratie-socialiste/

~ par delorimier sur 27 avril 2011.

Une Réponse to “Le NPD et le Québec-une histoire marquée par le doute et la confrontation”

  1. […] sur cette question. Ça ne date pas d’hier, j’ai connu de premières mains ces divisions quand j’ai été candidat moi-même à l’élection de 1994 pour un ancêtre politique de QS, le NPD-Québec de Jocelyne Richard et Paul Rose. La question […]

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