La distorsion toute Québécoise de la « vague orange »

Ça s’est passé mardi soir ou mercredi, le temps que la toute dernière boîte de scrutin soit comptabilisée et que l’ensemble du vote de l’élection du 2 mai soit connu. Le nouveau PM a eu en mains les chiffres détaillés, par province, par comté, tout était là devant lui.

D’entrée de jeu, bien peu de ceux qui suivent assidument la politique fédérale concédaient au chef du Parti Conservateur, une victoire aussi nette que celle qu’il a remportée le 2 mai. Et pourtant, l’analyse des chiffres avait quelques raisons de l’agacer, pas juste un peu.

48,6%, c’est le pourcentage du vote populaire que peut revendiquer Stephen Harper en dehors du Québec. C’est énorme et symboliquement, on approche dangereusement de la majorité absolue. Pour un chef d’état, il s’agit d’une victoire qui assure une crédibilité très enviable sur la scène internationale notamment. Cependant la rebuffade est encore venue de la Belle Province. En cumulant le piètre rendement des Conservateurs au Québec, le score final des Bleus foncés est tombé sous la barre des 40 %. En y regardant de plus près et en projetant le nombre de votes des Conservateurs sur le total des personnes aptes à voter au Québec, moins de 1 personne sur 10 s’est déplacée pour donner son appui au parti de M. Harper. Pire encore, plus de 87% de la population du Québec a voté à gauche, carrément contre l’inclinaison politique des Conservateurs.

Certes, bon joueur et en homme d’état, le PM a insisté pour dire qu’in n’abandonnerait pas le Québec, le contraire eut été choquant. Parions cependant que l’homme du 3 mai dernier, alors qu’il livrait son premier discours après sa victoire, n’est pas si loin de celui qui a été sanctionné par la Chambre des Communes pour outrage au Parlement, une première dans l’histoire du parlementarisme canadien. Les Conservateurs de Harper disposent de deux formidables armes qui pourront lui permettre, au cours des 4 prochaines années, de changer les règles du jeu afin que le poids du Québec dans la fédération canadienne soit toujours plus diminué. Portons aussi un œil au plus important écueil qui se dresse devant le PM et seul événement politique émanant du Québec qui puisse infléchir ses plans.

Les deux armes

Harper a promis d’abolir le financement institutionnel et public des partis politiques. Il le fera. C’est donc dire que pendant le prochain mandat (et certainement au début de celui-ci), les partis politiques perdront la cote part de 2 $ par vote qui leur était dévolu avant et qui comptait pour la majorité de leur budget de fonctionnement en matière de recherche et de logistique sur le terrain. Ce financement public des partis politiques avait été institué pour réduire la possibilité de corruption et de collusion des partis avec certains individus ou compagnies qui pourraient être tentées de financer les partis politiques en échange de services ou de privilèges subséquents. Pour Harper cependant, le financement des partis politiques est une affaire personnelle et selon lui, l’état n’a rien à faire là dedans. Dans les faits, depuis 2006, le Parti Conservateur récolte deux fois plus d’argent par les dons personnels que les autres partis et cela conférera un avantage inouï au parti de M. Harper.

Parions que les Libéraux fédéraux dans l’état actuel de leur parti, et en pleine reconstruction, seront affectés au premier chef. Dans le cas du NPD, ce n’est guère plus reluisant. Le parti de Jack Layton a augmenté ses appuis dans le Canada anglais mais certes pas au niveau de ce que les sondages lui prédisaient. Au total, le NPD a augmenté sa députation canadienne hors Québec d’à peine une demi-douzaine de sièges. Ce sont les 59 sièges émanant du Québec qui faussent la donne en quelque sorte et provoquent une distorsion bien particulière. Le coup de gueule des Québécois qui a donné ces sièges orange s’est fait sans que le parti de Layton n’ait d’organisation digne de ce nom dans la province. Le cas Ruth-Ellen Brosseau en est un exemple désolant et probant. Les bonzes du parti savent très bien que ces gains proviennent d’un électorat volatile et que tout est à faire afin de gagner la confiance de cet électorat. Ajoutez à cela le paradoxe NPD – Québec : c’est-à-dire le résultat encombrant de cette distorsion du vote qui a conduit aux 59 sièges néodémocrate dans la province, soit la tâche inhérente de devoir ainsi défendre les intérêts et consensus Québécois au sein d’un parti fédéraliste alors même que ce parti doit conquérir le vote de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et des Maritimes afin de progresser vers le pouvoir, toutes des provinces où des concessions envers le Québec auront ASSURÉMENT des répercussions négatives sur l’appui du parti à l’origine de toute ouverture vers le Québec. Le NPD devra consentir le principal de ses énergies au cours de la première année de ce mandat à éduquer et faire le mentorat de sa nouvelle équipe de députés néophytes tout en pourvoyant les nombreux postes autour de ces députés. Quatre années c’est très (trop!) peu pour bâtir une organisation solide et capable de s’ajuster à la nouvelle donne du financement qu’imposera le parti de Harper. Doutons également que les Québécois fouleront aux portes pour donner à ce parti avant que celui-ci n’ait fait ses preuves dans une province où le financement privé des partis politiques est famélique.

La deuxième arme de Harper dans son combat pour assujettir la politique canadienne à de nouveaux préceptes de pouvoir où le Québec serait de plus en plus effacé sera la redéfinition de la carte électorale canadienne. La démographie du pays change et il est normal que la carte électorale du Canada reflète ces changements démographiques. Le Parti Conservateur avait déjà annoncé que sa redéfinition de la carte électorale NE RESPECTERAIT PAS la règle du 25% de comtés pour le Québec sur l’ensemble des circonscriptions au Canada. De tout temps, les différents gouvernements canadiens avaient assuré au Québec qu’il serait représenté au Canada par au moins 25 % du nombre de députés au Canada. Cette règle évitait que sous le poids de la démographie changeante au Canada, le Québec ne se retrouve minorisé en tant que peuple fondateur du pays. Les Conservateurs changeront de cap et n’ajouteront des comtés que là où la démographie l’indique et sous cette nouvelle donne, les 75 députés du Québec auront beaucoup moins de poids dans l’ensemble du pays si le nombre de députés grimpe à 320 ou 330. Ce faisant, le Québec aura moins d’importance quand viendra le temps de la prochaine élection. Qu’importe 40 ou 50 députés dans le champ gauche de l’obstruction souverainiste à Ottawa si on les minorise par le nombre…

L’écueil maintenant. Parions que l’ensemble de la classe politique canadienne aura l’œil sur la prochaine élection provinciale Québécoise. Le spectre de la victoire du Parti Québécois et le retour d’une gouvernance souverainiste à Québec pourrait infléchir le cours du prochain mandat au fédéral. Déjà la « distorsion québécoise » du vote en faveur du NPD a poussé certains chroniqueurs politiques du ROC à se demander si le NPD ne devenait pas ainsi une plus grande menace pour l’unité Canadienne que le Bloc. D’ailleurs, le PQ a noté une augmentation inattendue de la vente de ses cartes de membre depuis le passage de la vague orange, comme quoi le clan souverainiste, qui a chassé le Bloc d’Ottawa, aurait décidé de concentrer ses forces là où la souveraineté se fera, ou ne se fera pas, au Québec. Une petite confidence : afin de nuire aux chances du PQ le plus possible, gageons que François Legault ne manquera pas d’appuis financiers et logistiques (notamment du clan fédéraliste) afin d’investir le terrain de la politique active avant la prochaine élection au Québec…

Quelques pistes de lectures intéressantes par rapport à cet article :

http://www.theglobeandmail.com/news/politics/ottawa-notebook/the-two-day-ndp-surge-that-sank-the-liberals/article2013387/

http://www.ledevoir.com/politique/canada/322826/revue-de-presse-la-suite

http://fullcomment.nationalpost.com/2011/05/05/lorne-gunter-quebecs-declining-influence-is-good-for-canada/

http://www.theglobeandmail.com/news/opinions/opinion/conditions-gagnantes-the-ndp-dilemma/article2010309/

~ par delorimier sur 7 mai 2011.

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