Hommage au poète, éditeur et mentor, Robert Yergeau

Comme un coup de massue. Encore. Parti trop vite. S’enlever la vie m’a-t-on dit.

« La dépression nous guette tous, malheureusement. »

Un long hiatus vers l’arrière. Des souvenirs.

La première fois que je t’avais présenté mon projet de thèse de maîtrise, tu m’avais pris pour un hurluberlu. Des fois je me dis que t’avais eu pitié de moi. Théoriser la contre-culture dans la littérature québécoise et analyser la poésie de Denis Vanier à l’aune de cette caractérisation afin de mieux situer certaines de ses œuvres par rapport à ce courant social. Une patente.

Une histoire de fou pour un jeune universitaire qui est en proie à sa propre égérie contre-culturelle…

Nos premières rencontres m’ont secoué. Je me prenais pour un grand théoricien de la contre-culture, tu me ramenais sur terre. Les contradictions de mon raisonnement, les facilités dans le style, la paresse dans la recherche, les lieux-communs. Je partais de loin. Ça tombais juste bien, comme d’habitude, j’avais envie de fuir devant l’épreuve. J’ai crissé mon camp. Je me souviens t’avoir laissé un message sur ton répondeur à l’université de je ne sais plus quel bled perdu des États-Unis.

Besoin d’air.

Les semaines ont fait place aux mois. Jamais de nouvelles. Ah si! Une fois, pris de panique suite à un appel chez mon père. « L’université a téléphoné, une affaire avec ta thèse, un échéancier, c’est important que tu rappelles. »

J’étais à ce moment là dans une mauvaise passe, pris aux douanes mexicaines de Nogales en train de chercher le petit crisse de mexicain qui m’avait arnaqué de mon dernier 200$ pour une tarjeta de mes deux…

Un appel à frais renversé chez mon père pour te laisser un autre message. Promis, juré, je serai de retour à temps pour la session d’hiver, j’avais eu le temps de peaufiner plein de trucs sur ma thèse. Tu le savais trop bien que c’était de la bouillie pour les cons, que je n’avais pas mis le nez dans aucun manuel depuis des mois.

J’étais dans un piètre état quand je me suis présenté à ton bureau. Jeans tout déchirés, cassé comme un clou, plus mêlé qu’avant de partir…

Nous avons eu une franche discussion. Sur les motivations, pourquoi faire cela, en avais-je vraiment envie? Pas de pression, juste une bonne discussion. T’avais quelques idées, mais il fallait que je me décide avant.

Quand j’ai quitté ton bureau j’étais certain de deux choses. Un jour, je pourrais, moi aussi, accueillir dans mon bureau un kid tout mêlé et l’écouter comme tu l’as fait pour moi. L’autre, mon père avait été assez clair sur un point, si je ne retournais pas à l’école, je devais payer un loyer. Je n’avais pas une maudite cenne, retour à l’université.

J’ai bûché comme jamais. Tu n’en laissais jamais passer une. Des fois, je t’aurais étampé dans le mur. Devant mes bêtes raisonnements, je me sentais comme une brute stupide. D’autres fois, à force de relecture et de plus sages interprétations, j’arrivais à te surprendre. De fil en aiguille, nous avons concocté un petit bijou d’analyse poétique selon une solide caractérisation de la contre-culture québécoise.

Nous avons eu de longues discussions sur le moment fatidique de la soutenance de thèse. Tu m’avais fortement recommandé d’assister à un exercice du genre. Je t’avais promis de le faire, mais j’avais menti. Je ne m’étais jamais présenté au dit rendez-vous.

Tu ne m’en avais pas tenu rigueur. Mieux encore, tu m’avais encouragé encore plus. Ton texte est solide, prépare toi bien…

Une soutenance de thèse en plein été. Je traversais une autre passe assez rock n roll, c’est du cul de mon Westfalia, bien parqué à La Défriche à Ripon, que j’ai relu mes trucs. On fêtait tous les soirs. La veille de ma soutenance, on en a viré une solide. Je crois que j’avais éteint un peu trop fort l’angoisse du moment.

Quand je suis arrivé dans ton bureau, je sentais le fond de tonne. Une trop courte douche n’avait absolument rien effacé de ma rude soirée. Pire, j’avais traîné avec moi une imposante délégation, ce qui était inhabituel pour ce type d’exercice m’as-tu fait remarquer.

« Comment veux-tu que je le sache, j’ai jamais vu ça de ma vie… »

Un mal de bloc. Je me souviens encore de la face de Michel Lemaire, une sommité de la poésie, qui posera la première question. Une patente de 8 minutes, des extraits de mon texte, des référents à d’autres textes de la contre-culture. J’ai failli gerber. J’étais tout étourdi. Je suis certain que je t’ai vu sourire mon esti…

Je ne sais par quel prodige, sinon celui de faire confiance à la démesure (on écrit sur la contre-culture de Denis Vanier après tout!), mais tout s’est très bien passé. Des commentaires élogieux même. J’ai rarement été aussi fier de moi que ce jour là.

Et crois moi, je t’en dois une Robert. Je t’en dois beaucoup plus que tu ne peux te l’imaginer.

~ par delorimier sur 12 octobre 2011.

Une Réponse to “Hommage au poète, éditeur et mentor, Robert Yergeau”

  1. Bravo mon Steve E » Fortin bien dit

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :