#QC2012 : La prochaine fois, la droite aura compris.

La scène se déroule hier soir, dans le petit bar de l’Auberge de la Petite-Nation. Une soirée électorale citoyenne impromptue. Pas de grande annonce, pas de publicité. Des citoyens conscients de l’importance du moment qui décident de partager leur passion pour le résultat de cette élection.

Plus les chiffres apparaissent dans le bas de l’écran électoral de la société radio-canadienne, plus monte l’enthousiasme. Quelques noms provoquent plus de réactions. Amir et Françoise, bien sûr, car je suis en territoire Solidaire. Mais y’a Léo Bureau-Blouin aussi qui plaît bien, et Bernard Drainville, et Pauline Marois, même, qui arrache des élans de sympathie.

Pendant la campagne électorale, j’ai échangé avec beaucoup de ces amis sur la nécessité, surtout dans notre comté, Papineau, de bien se renseigner sur les tendances. Libéral depuis 1981, cette fois, le PQ pouvait espérer l’emporter. Des sondages nous donnaient gagnants par plus de 7 points. J’étais septique. Bréguet et Grenier parlaient plutôt d’une course très serrée.

Quand je défendais le vote utile, celui où les souverainistes, progressistes évitaient de diviser le vote afin de favoriser un candidat de la droitecaquiste ou librale, on m’opposait le vote du coeur, celui des convictions, ou une pseudo-rangaine de trahison péquiste, ce parti usé, démodé. Certains osaient même évoquer une autre vague orangée, comme si les tsunamis politiques pouvaient se produire sur commande, au gré des espoirs irréalistes.

Assis dans cette salle, tous fixant l’écran, on sentait bien qu’à tout prendre, mes amis solidaires aimaient mieux voir le compteur s’emballer. Pas de calculs scientifiques, toujours le même dans les deux camps : PQ + 2 = majoritaire? Oh l’espoir.

On flirte avec le 63. Puis, plus les boîtes de scrutin se vident, plus la dévastation se dévoile, tel un champ de bataille où les coups fratricides auraient faits plus de dommages que les attaques portant sur l’adversaire. La déception nous gagne enfin, les libéraux de Charest, minés par une décennie de corruption, plus impopulaires que jamais, sont à 0.73% d’avoir réussi l’impossible, l’impensable, retenir le pouvoir et prolonger leur règne honni.

Puis il y a notre lutte à nous. Jean-François Primeau qui mène depuis le début; tantôt par quelques centaines de voix, puis, la soirée avançant, par quelques dizaines de voix, et enfin, comme pour bien montrer l’ironie de notre division, un formidable revirement de situation. Le libéral qui conserve son trône, par à peine plus de 200 voix. Tout de suite je porte mon attention au score solidaire chez nous : 2013 voix. Le résultat sera que mon comté sera encore libéral, que la somme des électeurs qui prônent l’adage « better crooks than seperatists » ont encore gagné.

Pis ça me fait chier en tabarnac.

Poliement je sers la main de mes copains et quelques connaissances et je quitte. Comme une telle soirée doit se terminer en queue de poisson, ce sera pire. On nous balance la baleine au grand complet. L’attentat, et tout le reste. Mais surtout la tristesse et la rage de ne pas voir Pauline Marois, cette Grande Dame, oui je l’écris, cette Grande Dame (Pauline Marois en 1981 a été élue à l’assemblée nationale alors qu’elle était enceinte de presque 9 mois et ne baissant jamais les bras, plus de trente ans plus tard, elle dirige enfin le Québec alors qu’une balle lui passe à 4 pouces de la tête…), qui ne peut même pas jouir pleinement du fruit de son engagement complet et total dans la cause de la collectivité québécoise depuis plus de trente ans. Elle, notre première femme Première Ministre. C’est à pleurer.

Une fois les chiffres compilés et la poussière retombée, la situation est pathétique. Quatre comtés d’avance sur les libéraux. C’est tout. Mais ce qui fait encore plus mal, c’est le triste calcul du potentiel souverainiste, progressiste, que nous, collectivement, avons bousillé. Pour quoi au juste? Sur l’autel des quelles convictions qui valent que nous laissions les rennes de l’échéancier électoral et des possibilités de mettre en oeuvre notre émancipation?

Tout n’est pas QUE mathétimatique bien sûr, mais le calcul froid de l’addition des votes PQ, QS et ON montre que nous aurions pu, si une colaition ou une quelconque entente de non-agression existait, remporter 77 sièges hier soir. Une confortable et légitime majorité pour mettre en branle une gouvernance qui puisse créer les conditions de la réussite de notre accession à l’indépendance.

Cependant, cette mathématique s’applique aussi à nos adversaires. Les libéraux et caquistes, deux partis de centre-droit résolument fédéralistes, ont aussi constaté leur division. Et comme leurs points de convergence idéologique sont plus nombreux que l’on pense, n’écartons pas la possibilité que des alliances se forment. Car quand il est question de mettre de côté quelques divergences d’opinion somme toutes secondaires, quand on les compare à la perspective de détenir les rennes du pouvoir, la droite comprend vite. Très vite.

Et la prochaine fois, la droite aura compris.

~ par delorimier sur 5 septembre 2012.

Une Réponse to “#QC2012 : La prochaine fois, la droite aura compris.”

  1. Ça ajouterais une coche de courage que ces articles soient signés. Surtout quand on parle d’avoir été à dans un lieu précis – l’auberge Petite-Nation – et qu’on parle des gens là-bas, et qu’on les accuses de façon plus ou moins claire d’avoir permis la réélection d’un député libéral, la moindre des choses ne serait pas d’endosser personnellement ses écrits? Moi ça me parlerait plus en tout cas, sinon moi je trouve ça inutilement revanchard et peu courageux de ses opinions. – Éric Larose

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