PQ : Attaqué à droite, attaqué à gauche, vous vous attendiez à quoi??

Il fallait entendre le ministre des finances du PQ Nicolas Marceau expliquer comment « il était allé aussi que la situation lui permettait » en présentant le compromis de son parti concernant l’abolition de la taxe santé; mesure inéquitable du Parti Libéral. Le pauvre hérite d’une situation intenable : proposer des mesures progressistes devant un front de 69 députés fédéralistes de droite qui se divisent en deux partis, mais dont il sait trop bien que les intérêts convergent quand vient le temps d’attaquer sa légitimité et préparer sa chute.

A) Il est normal que l’opposition confronte le gouvernement. Dans le meilleur des scénarios, l’opposition réussit à s’entendre avec le parti au pouvoir pour infléchir certaines décisions selon ses propres revendications. La composition assez particulière de l’Assemblée Nationale fait en sorte que le PQ est position d’extrême faiblesse. Le parlementarisme britannique uninominal à un tour est non seulement complètement dépassé, il permet que la gouvernance de l’état change sans que la population ne soit consultée.

J’ai pu lire toutes sortes d’énormités hier suite à l’annonce du Ministre Marceau. Précisions une chose : ceux qui clâment que le PQ n’avait qu’à enfoncer ses mesures dans la gorge de l’opposition, que celle-ci ne risquerait pas de lancer le Québec en élections si tôt la dernière tenue, permettez-moi de corriger cette perception. La CAQ et le Parti Libéral peuvent très bien défaire le gouvernement sur une question de confiance comme celle de la taxation (donc qui émane de la gestion du budget) et proposer au Lieutenant-Général du Québec Pierre Duchesne (et oui! même nom que l’autre!) de former un gouvernement de coalition afin de mener les choses de l’État. N’ayez crainte, les éminences de chacun de ces partis en ont déjà causé. Mieux encore, ils ont bien saisi que les avantages d’une telle alliance stratégique dépassent largement les évidents inconvénients.

D’abord, la presse fédéraliste travaille depuis le 5 septembre à attaquer la légitimité du gouvernement Marois. Sur toutes les questions, on remet en cause les décisions du PQ, même si dans certains cas l’acceptabilité sociale a été démontrée. Le cas type est celui de Gentilly-2. La complaisance médiatique dans ce dossier est sidérante! Les sondages dans la région démontrent que la population espère se dégager du nucléaire, que hormis les personnes directement concernées -et l’on doit se soucier d’elles- l’appui au maintien de la centrale Gentilly-2 est extrêmement faible. Qu’à cela ne tienne! Les maires aux allégeances libérales dans cette région, au premier chef le maire Yves Lévesque de Trois-Rivières, un proche du Parti Libéral du Canada, ont organisé une opposition à la décision du PQ qu’ils disent « citoyenne » mais qui ne réunit à peu près que les employés touchés et leurs proches, mais ils comptent sur l’appui indéfectible de Cogeco et des radios de droite qui couvrent la région pour diffuser leur message comme s’il représentait une grande partie de la communauté, ce qui est faux. Le but est d’attaquer la légitimité de la gouvernance péquiste.

On voit le même phénomène dans les journaux du groupe Gesca et Quebecor (pour qui le PQ est une hérésie gauchiste!), chaque jour, des articles de chroniqueurs qui ne portent aucun jupon. Les Pratte, Lysane Gagnon, Richard Martineau, Éric Duhaime, usent de leurs tribunes pour attaquer sans relâche le PQ, a force coups de mensonges parfois. Peu importe, l’important est de rentrer dans la tête de façon fallacieuse, jour après jour, que ce gouvernement est illégitime. Ils savent très bien ce qu’ils font, ils préparent la suite des choses, c’est-à-dire le renversement du PQ par un gouvernement coalition CAQ-PLQ.

Pour les deux formations fédéralistes de droite les avantages sont nombreux : ils contrôleront l’échéancier électoral au moment même où chacun doit procéder à une reconstruction (PLQ : son chef et son programme, CAQ : ses finances et son organisation sur le terrain); ils se partageraient les leviers du pouvoir en fonction de leurs intérêts communs (fiscalité, économie, appui aux lobbys et groupes d’influences économiques) et profiteraient de la désorganisation et de la division de leurs adversaires souverainistes et progressistes.

Il y a des risques cependant inhérents à une telle coalition. Dans quelle proportion on se partage le pouvoir? La CAQ voudra être représentée au conseil des ministres, quels ministères? Duchesneau devra jouer un rôle prépondérant dans l’éradication de la corruption mais ce faisant se trouverait à devoir attaquer ses alliés circonstanciels libéraux (ce qui pourrait arriver compte tenu que Duchesneau a admis plus d’une fois avoir été militant libéral). Aussi, comment conciliera-t-on partage du pouvoir et luttes fratricides dans les régions de Québec, Beauce, Appalache entre CAQ et PLQ? Pour François Legault, il y a toujours le risque qu’une partie de ses troupes choisisse tout simplement de quitter son navire pour celui de l’allié. Son parti est constitué de beaucoup de libéraux déçus mais dans l’optique d’un pouvoir plus stable, certains fédéralistes comme Gérard Deltell pourraient être tentés par le changement d’allégeance sans que cela ne rebute outre mesure la population de comté.

Attention donc aux raccourcis simplistes! Si le PQ a dû reculer sur la nature de ses engagements, c’est qu’il est très conscient de ce qui est en jeu. Car une coalition CAQ-PLQ pourrait tenir le coup un moment si les avantages compensent les écueils.

Silence gauchiste!

B) Pire encore pour Pauline Marois et le PQ c’est l’absence total d’appuis de la part des forces politiques de gauche au Québec en dépit du fait que dès les premiers moments de sa gouvernance, elle a clairement établi le cap vers les idées progressistes. La composition même de son conseil des ministres montrait bien qu’elle tendait la main aux progressistes du Québec. Les médias de droite l’ont amplement décrié d’ailleurs.

On se serait attendu que Québec Solidaire monte au front et use de sa force politique pour aider le PQ à créer le momentum afin de donner toutes les chances à ses mesures de passer. On se serait attendu que Jean-Martin Aussant appuie la décision du PQ de fermer Gentilly-2, un enjeu majeur de sa région.

Non. Silence complet. Amir Khadir étonne par son retrait complet de l’attention médiatique, Françoise David s’est vite éclipsée après la série d’entrevues qui n’avaient comme but que de commenter sa victoire dans Gouin et Aussant a trouvé toutes les façons possibles de critiquer la « façon » de fermer Gentilly-2 ou, plus récemment, en attaquant le ministre Alexandre Cloutier par rapport au réalisme de ses revendications de rapatriement de pouvoirs d’Ottawa dans le contexte actuel.

Ainsi, QS et Option Nationale ont tout fait pour s’assurer que le PQ soit minoritaire, ont tout fait pour le priver des moyens d’une gouvernance progressiste et souverainiste, ont tout fait pour diviser et parcelliser le vote (oui je sais, le PQ aurait dû être beaucoup réceptif au Front Uni) même quand il devenait évident que cela favorisait la droite fédéraliste, et bien maintenant, les ténors de ces formations politiques sortent de l’ombre pour attaquer le repli du PQ sur les questions que nous évoquions.

Ce que l’on peut en conclure c’est que Québec Solidaire notamment a choisi le silence devant la gouvernance péquiste car elle pouvait courtiser son électorat. Entre l’atteinte d’objectifs idéologiques et de solutions de gouvernance avec lesquelles ils auraient dû être d’accord, Khadir et David ont choisi de protéger leurs acquis, ils ont choisi le corporatisme politique qu’ils ont tant reproché aux péquistes. C’est bien dommage.

Attaqué à sa gauche, à sa droite, dans les médias complaisants fédéralistes, sachant que la coalition CAQ-PLQ est une menace bien réelle à la vie même de son gouvernement, comment pouvait-on espérer que le PQ puisse tenir l’ensemble de ses objectifs, comment pouvait-on espérer que le PQ enfonce dans la gorge de quiconque quelques mesures progressiste que ce soit! Et quand le PQ sera défait, quand la population verra les Libéraux corrompus s’approcher encore du pouvoir au moment même ou la Commission Charbonneau révélera l’étendue de sa corruption et des magouilles qui lui ont permis de voler les Québécois pour engraisser les amis du parti, il s’en trouvera encore pour imputer le tout au parti de Pauline.

Vraiment, ça donne envie de vômir.

~ par delorimier sur 11 octobre 2012.

3 Réponses to “PQ : Attaqué à droite, attaqué à gauche, vous vous attendiez à quoi??”

  1. Comme disait quelqu’un (je n’ai pas la citation complète sous la main): ce ne sont pas les méchants qui causeront la destruction de la société, mais tous les « bons » qui les laissent faire…

  2. Je partage complètement votre analyse, les québécois souverainistes sont vulnérables par les attaques qui viennent de partout. Dans ce contexte c’est un travail de titan qui attend les nouveaux élus péquistes, je suis de tout coeur avec eux. J’espère ques tous les souverainistes s’unissent par leurs forces créatrices et leurs intelligences, si non il y a danger de perdre le pouvoir.

  3. À nous souverainistes de continuer de travailler avec Twitter, Facebook et autres pour donner les vrais informations sur ce qui se passe actuellement. Il faut dénoncer les faux titres et nouvelles des journaux fédéralistes et nationalistes. Ça fait mail de se voir attaqués avec de bonnes choses qu’on propose pour tout le monde, donc, on continue d’informer via médias sociaux!!!

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