Gatineau, Ontario!

Aylmer, 1982. Mes parents avaient quitté le Centre-du-Québec. Arthabaska plus précisément, à la fin des années 70. Mon père avait contraint la petite famille à s’exiler dans la lointaine contrée de l’Abbitibi, très au nord. Matagami; le bout du monde. Cet exil fut de courte durée et ma mère, ayant bûché un diplôme collégial en administration, réussira à se trouver un poste dans la fonction publique, en Outaouais. Au début des années 80, nous nous installerons dans la petite ville de Aylmer, à l’ouest de Hull et Gatineau par la route 148.

Bien entendu, ces trois villes seront fusionnées à la fin des années 90, mais les spécificités propres à ces trois secteurs sont demeurés. Aylmer a toujours été une ville prisée de la communauté anglophone de l’ouest du Québec et je dois avouer que je dois mon bilinguisme parfait à la cohabitation dans mon quartier entre jeunes des deux communautés linguistiques.

Cohabitation? Disons que j’ai appris l’anglais à grand renforts de tapes sur la gueule et des guerres enfantines que livrions à l’autre gang du « rond-point ». Car le parc de la rue Prentiss était toujours âprement disputé entre « eux-autres » et « nous-autres »! La dualité linguistique dans ta face, à huit, neuf ans.

Dans nos loisirs, hockey, soccer (oui, à Aylmer on jouait au foot, héritage de la communauté anglo, contrairement à Gatineau, plus franco, où le foot était peu populaire et où les jeunes de mon âge jouaient à la balle), le sport d’élite imposait aux deux communautés de cohabiter. Mais combien de fois le choix d’un joueur plutôt qu’un autre a mis le feu aux poudres et déclenché l’ire de parents, vite à recourrir à l’argument linguistique pour condamner l’injustice fait à l’enfant. Bref, cette question était partout. La cohabitation entre anglos et francos n’a jamais été simple.

Fin des années 80, alors que l’immobilier de la ville connaissait une croissance appréciable, mes parents, excédés de devoir cohabiter dans un tel environnement, décident d’imiter nombre de familles francophones de la ville d’Aylmer et quittent pour la ville de Gatineau, à cette époque presque exclusivement francophone. Les maisons y étaient un peu plus abordables aussi. La différence est sidérante. Mon club de hockey bantam AA est entièrement francophone, on y trouve même des gars de la lointaine Petite-Nation, dont les parents, motivés, acceptent de se taper une heure de route pour permettre à leur garçon de faire partie du plus haut calibre possible.

La région de Gatineau s’est beaucoup transformée depuis que nous y avons migré au début des années 80. Elle s’est diversifiée, sous l’influx d’une forte croissance dûe à l’immigration, entre autre, car c’est une région prisée par les familles immigrantes. Mais de façon encore plus marquante, c’est le solde migratoire inter-provincial qui a aidé à transformer la région.

Du côté de l’Ontario, le marché de l’immobilier a cru de façon effrénée, les maisons unifamiliales ont pris de la valeur et il en coûte toujours de 20 à 40% de plus pour s’établir à Ottawa, plutôt qu’à Gatineau. Nombre de familles ontariennes ont choisi de traverser les ponts afin de profiter de la valeur moindre, pour une maison comparable, dans l’un des trois secteurs de Gatineau. Les familles anglophones ont souvent choisi le secteur Aylmer, justement car il compte des quartiers entiers à prédominance anglophone. Ainsi, une famille anglophone de Nepean, de Gloucester à Ottawa par exemple n’est pas trop dépaysée quand elle s’établit dans Wichwood à Aylmer. Plus encore, nombre des commerces, de bannières que l’on ne trouvait avant qu’en Ontario ont bien compris que le marché d’Aylmer leur était dévolu.

On notera que bien des familles ontariennes ont choisi la région de l’Outaouais dans la morosité québécoise du post 1995. Le souverainisme est mort leur lançait-on dans les journaux du ROC, la « menace » souverainiste est enterrée… Pendant que Lucien Bouchard procédait à sa réingénirie de l’État, alors que le PQ s’est déchiré dans la période post Lulu et qu’il a brûlé ses chefs plus rapidement que l’on carbonisait les impies moyen-âgeuses, pendant que Charest prenait le pouvoir et étendait sa chape de noirceur corrompue sur le Québec, le solde migratoire inter-provincial de l’Outaouais reflétait la dynamique sociale de la région. Plus rien de différenciait Gatineau de la région d’Ottawa, les bannières anglophones pullulaient dans l’indifférence générale, les commerces et des quartiers entiers s’anglicisaient, dans les tours à bureau du gouvernement fédéral de Hull, de Gatineau, où l’on ne parle presque exclusivement l’anglais, nombre de fonctionnaires ne voyaient aucune barrière linguistique, à Aylmer par exemple, qui les empêcheraient de quitter le Glebe, par exemple, pour éviter de traverser un pont. Hop, la maison d’Ottawa vendue, profit intéressant et aller la famille à Aylmer, Ontario!

Car oui, pour nombre de ces « expatriés » ontariens, Aylmer, ça fait partie de l’Ontario. Au même titre que le Parc de la Gatineau d’ailleurs. La récente élection du Parti Québécois a réveillé ces vieux démons et l’on a pu lire pendant #QC2012 (la dernière campagne électorale au Québec) que si référendum il devait y avoir, l’Outaouais devait être exclue de la question, que compte tenu que le gouvernement fédéral est un moteur économique capital dans la région, un Québec souverain devrait s’arrêter quelque part là où la 50 a tant de difficulté à naître…

C’est en considérant ces particularités régionales que l’on doit analyser le « pitch » immobilier de la compagnie de construction Chabitat en Outaouais. Ce promoteur immobilier qui fait dans les quartiers de maisons neuves courtise directement les familles ottaviennes afin qu’elles choisissent Gatineau, surtout Aylmer. Le hic, c’est que la débandade des Libéraux de Charest, leur association constante à la corruption, l’élection d’un gouvernement souverainiste minoritaire, mais Oh le mot revient quand même… sou-ve-rai-nistes!!! BOU!, ces facteurs donc influencent directement le choix de certaines familles anglophones quant à la possibilité de migrer vers le Québec. Pour ceux qui travaillent dans la région, surtout dans la fonction publique fédérale, il est risible de constater à quel point l’image du Québec dans les médias anglos est construite en fonction de préjugés, le plus souvent faux ou grossis.

Construction Chabitat a choisi, afin de mousser ses ventes, de franchir ce pas inacceptable de promettre à leurs clients potentiels qu’il est tout à fait possible et facile de vivre à Aylmer en anglais, que les commerces ici se foutent de la loi 101- hey it’s Aylmer Ontario right!- que dans ce fief ouest-québécois, l’anglicisation est chose faite et que peu s’en soucient… (http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2012/chabitat-construction.html)

Merci à Jean-Paul Perreault et son équipe de l’organisme Impératif français qui continuent de garder le fort et de dénoncer l’anglicisation gallopante de l’Outaouais. Car peu importe ce qu’en disent les gorges chaude de la communauté journalistique anglophone, l’Outaouais est indissociable du reste du Québec, si souveraineté du Québec il devait y avoir, le Lac Philippe et le Parc de la Gatineau sera Québécois et Aylmer ne sera pas annexé à l’Ontario.

Period.

~ par delorimier sur 16 octobre 2012.

3 Réponses to “Gatineau, Ontario!”

  1. […] quartiers entièrement anglophones, sans égards à la loi 101. J’en avais déjà traité ici : https://delorimier.wordpress.com/2012/10/16/gatineau-ontario/ car cet enjeu régional fait de plus en plus […]

  2. […] L’Outaouais demeure une région du Québec où l’attrait pour la population anglophone, surtout ontarienne, est le plus grand. Les maisons y sont beaucoup moins chères, service de garderies jusqu’à 7 ou 8 fois moins coûteux et la possibilité de vivre exactement comme si on habitait un quartier anglophone d’Ottawa. J’avais traité de cet aspect dans un texte qui avait beaucoup fait jaser à l’époque… Gatineau, Ontario. […]

  3. […] la ville de Gatineau ne diffère plus tellement des quartiers d’Ottawa comme Orléans ou Vanier. On peut y vivre uniquement en anglais (les promoteurs immobiliers en font la promotion sans […]

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