Ce que ne montre pas les statististiques du recensement 2011…

Maintenant que la poussière est retombée concernant le dévoilement de la dernière tranche du recensement canadien de 2011, on peut commencer à analyser certaines données qui sont fort révélatrices de la place du français dans la collectivité canadienne et les tendances qui se confirment quant à sa lente disparition de l’horizon du ROC, mais aussi de sa marginalisation ici même au Québec.

A) Comment le français s’érode au Québec

J’aimerais d’abord ajouter à toute analyse des données statistiques du recensement du Canada une étude du démographe Marc Termote sur les horizons du développement linguistique au Québec et plus particulièrement à Montréal pour la période de 2001 à 2050. On peut consulter cette étude ici : http://www.oqlf.gouv.qc.ca/etudes/etude_08.pdf. N’oublions pas que le parti conservateur de Stephen Harper, soucieux de pouvoir discréditer les études statistiques du recensement obligatoire, a modifié la procédure du recensement ce qui lui a amputé beaucoup de crédibilité scientifique. D’ailleurs, le directeur de Statistique Canada, Munir Sheikh, avait remis sa démission en juillet 2010, en pleine controverse sur le questionnaire de recensement. Voici ce qu’il avait dit à l’époque : (http://www.radio-canada.ca/nouvelles/National/2010/07/21/002-patron-stat-canada-avenir.shtml)

« J’aimerais profiter de l’occasion pour faire un commentaire sur un aspect technique d’ordre statistique qui est devenu sujet de discussion dans les médias. Cela est relatif à la question si une enquête volontaire peut remplacer un recensement obligatoire. Elle ne le peut pas.Dans les circonstances,j’ai présenté ma démission au premier ministre. »

Dans les circonstances, on peut même douter de l’exactitude des données du recensement 2011. Il est tout à fait plausible que l’on sous-estime le déclin du français comme langue maternelle ou maîtrisée dans le ROC et la même chose peut être dite sur la qualité de ceux qui affirment maîtriser le français sur l’île de Montréal compte tenu que l’enquête statistique était moins élaborée que le formulaire long employé précédemment et que les balises qui permettent de définir qui sont ceux qui maîtrisent le français et ceux qui le parlent à la maison sont moins précises. Les études du démographe Termote prévoient un déclin à moyen échéance du français au Québec et à court terme sa marginalisation à Montréal. Comme près de la moitié des immigrants qui attérissent dans les enclaves linguistiques où l’on ne parle que peu le français à Montréal choisit l’anglais comme langue d’acculturation, ces derniers vivront sur l’île sans se soucier de la réalité francophone. Ça le recensement 2011 le confirme.

Une langue mise en danger chez les « pure-laines »

La marginalisation de la langue française dans l’ensemble canadien et son recul au Québec se manifestent aussi par des difficultés toujours plus grandes de la part de ceux qui font partie de la communauté linguistique francophone de maîtriser les finesses et subtilités de la grammaire et de la syntaxe de leur langue primaire. Assiégés et bombardés des référents culturels et sociaux de la majorité anglophone, un nombre croissant de jeunes Québécois « pure-laines » échouent à apprendre leur propre code linguistique. Les travaux de la linguiste France Martineau de l’Université d’Ottawa, titulaire de la chaire de l’université : Langue, identité et migration en Amérique française, sont éloquents en la matière. La difficulté croissante d’une grande proportion de la population francophone à maîtriser leur code grammatical annonce une créolisation de la langue.

En linguistique, le créole « désigne un parler issu des transformations subies par un système linguistique utilisé de façon imparfaite comme moyen de communication par une communauté importante »; la créolisation se produit dans une communauté multilingue (c’est-à-dire où au moins deux langues sont présentes) quand, dans les communautés bilinguistiques, une des parties tendait à apprendre l’autre langue, bloquant ainsi le processus de relexification. La communication entre les membres parlant les langues de substrat s’effrite, normalement par attrition des générations ayant eu des compétences dans l’une ou l’autre des langues de substrat. S’ensuit alors un effritement des capacités linguistiques de la communauté linguistique principale ce qui contribue à éloigner son parler de celui qui a cours dans la communauté linguistique qui le parle ailleurs, de façon standard. Ainsi les créoles de français haïtien ou louisiannais sont trop éloignés du français standard pour être compris par la communauté linguistique de cette langue en général. À court terme, c’est ce qui guette la communauté linguistique francophone au Canada, et dans un délais plus long celle du Québec.

B) La disparition prochaine du français dans le ROC

Le recensement 2011 en dépit de ses imperfections scientifiques dresse un portrait clair de la disparition lente du français dans le Rest of Canada. À cet effet, l’article du Globe and Mail de ce matin (http://www.theglobeandmail.com/news/national/new-bilingualism-taking-hold-in-canada/article4650408/) parle d’un « nouveau bilinguisme » qui implique la langue maternelle des immigrants à laquelle on ajoute l’anglais ou le français. Dans ces conditions, compte tenu de la forte immigration asiatique et moyen-arabe, il est évident que le français ne figure pas dans la liste des langues que maîtriseront cette vague d’immigration.

Même les jeunes anglo-canadiens « de souche » (!) maîtrisent de moins en moins la langue française. Je suis d’accord avec la prémisse de cet article du Globe dans le sens où ce rencensement confirme sans l’ombre d’un doute la faillite de la vision trudeauiste d’un bilinguisme « coast to coast ». Une statistique éclairante en la matière, la diminution importante des jeunes canadiens qui maitrisent le français : depuis 1996, Statistique Canada confirme que la proportion des jeunes de 15 à 19 ans qui maîtrisent le français est passée de 15.2% à seulement 11.4%. De cette faible proportion, rien n’indique que ceux-ci le parle couramment. On admet d’emblée qu’une maîtrise imparfaite du code est une condition de la créolisation que j’évoquais plus haut.

Quand j’ai eu la chance de suivre les cours de Madame France Martineau à l’Université d’Ottawa, j’ai bien compris à quel point le combat pour la survivance de la langue française en Outaouais était important. Ce qui nous importe maintenant c’est la bataille pour que nous choisissions, collectivement, de nous octroyer tous les leviers du pouvoir d’une nation indépendante afin que nous soyions maîtres des paramètres de notre immigration afin que l’on cesse de nous faire croire que nous sommes des « xénophobes » quand on exige que la langue française soit la langue d’accueil de ceux qui choisissent le Québec. C’est la condition sine qua non à la pérennité de notre langue et de notre culture.

~ par delorimier sur 25 octobre 2012.

Une Réponse to “Ce que ne montre pas les statististiques du recensement 2011…”

  1. Venez vivre dans ce Café Starbuck une expérience unique.
    La même expérience qui a incité Pierre Vallières à publier « Nègres blancs d’Amérique » en 1968.

    Bien sur que les acteurs ont changé depuis 1968.
    Bien sur que le décor a changé depuis 1968.
    Mais une chose reste identique.
    Quand on exige de travailler en français comme en 1968, on se fait répondre: « SPEAK WHITE ».

    Bonne visite dans ce commerce du centre-ville de Montréal.
    Merci d’agir!

    gilles thomson

    « Notre combat à nous Québécois, à nous francophones d’Amérique, à nous nègres blancs, intéressent les autres peuples opprimés comme leurs combats à eux nous intéressent et nous concernent directement. Nous sommes tous solidaires et responsables les uns des autres. »
    Pierre Vallières

    youtube.com/watch?v=8qXxaV53UZ0&feature=share&list=PL1782CDDDD4A32057

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