Nos dernières nuits de silence…

Les gens en parlent beaucoup dans mon patelin, on a même lu, il n’y a pas si longtemps, que c’était la plus vieille des promesses électorales non encore réalisées au Québec. Des municipalités adjacentes à la nôtre ont vu ses effets pervers, beaucoup en attendent encore les promesses.

Mes voisins ont été expropriés. Ça brise une vie. Ça change entouca, et à voir mes deux anciens voisins de terre qui viennent parfois marcher dans ce qui reste de leurs anciens « chemins de chasse », j’imagine qu’ils s’ennuient.

Y’a quelque chose d’étrange de pouvoir s’approprier un tel ouvrage, comme ce soir, par un soir frisquet, dans le silence le plus total. Une nuit claire et ce chemin qui semble aller à l’infini (le bonhomme Courtemanche dirait que sa terre est grande, mais pas tant que ça!). Nous y allons souvent mes filles et moi, le matin, pour le plaisir de l’occuper, d’y marcher avant qu’elle ne nous appartienne plus. C’est pas tout le monde qui peut se vanter d’avoir une autoroute pour lui tout seul.

Ma voisine d’en face, une soie, Madame « Palisien » comme le disent mes filles, en a vu d’autres. La « quatrevingtaine » bien assurée, elle marche tous les jours jusqu’au pont -l’overpass de la 50- qui engendre la Côte Saint-Charles. Cette femme est née dans la maison qu’elle occupe toujours en face de chez nous. Elle y a vu passer les hivers, toujours plus rigoureux dans le passé, mais la misère aussi; l’époque où l’on venait du village pour s’approvisionner dans les terres, quand l’ouvrage manquait à la « Mill ». Elle m’a conté qu’il y avait même déjà eu un petit marché public, juste là, à quelques pas de chez nous.

Sa famille habite le rang depuis l’époque de « Denis-Benjamin », c’est-à-dire Denis-Benjamin Papineau, frère de Louis-Joseph, qui administrera la Seigneurie de Papineau au milieu des années 1800. Elle a vu arriver l’électricité dans le rang, l’asphalte, les « étranges », les « internet » et bientôt, l’autoroute.

Comme les quelques autres résidents de la place, elle a connu les chambardements de la construction du pont il y a deux ans, le dynamitage, les camions de sable, la poussière. Mais depuis plusieurs mois, l’ouvrage est fini et le calme est revenu. Mais on vit sur du temps emprunté comme on dit. La 50 se rend jusqu’à Papineauville, à la 321. La prochaine étape, c’est nous autres. On dit même au village que ce pourrait être la semaine prochaine. Ça fait parler les gens « Chez Angèle » aux déjeuners. Ce que ces gens là ne savent pas, c’est à quel point ça changera la vie de quelques familles, ici, dans la Côte Saint-Charles, mais à la Montée Papineau aussi.

Car par cette merveilleuse nuit froide de novembre, nous vivons nos derniers instants de silence.

Un art qui se perd de nos jours.

Dommage.

~ par delorimier sur 16 novembre 2012.

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