#BudgetQC : l’intérêt des affairistes ou celui des Québécois?

Un article intéressant de Stéphane Baillargeon dans Le Devoir du 17 novembre dernier traitait de l’inclinaison de la couverture médiatique des grands quotidiens pendant la crise étudiante de ce que l’on a convenu d’appeler le « printemps érable ». L’étude réalisée par le Centre d’études sur les médias (CEM) de l’université Laval n’a fait que confirmer ce que tout observateur de la scène politico-sociale a remarqué depuis longtemps : il y a au Québec un front des groupes médiatiques néolibéraux et la couverture des grands enjeux sociaux et politiques est inclinée dans leur groupe en fonction des intérêts que ceux-ci doivent défendre. D’abord les leurs, ceux ensuite de leurs allégeances politiques.

La couverture de la crise étudiante dans les grands quotidiens montréalais a été polarisée. Le Devoir a été plus favorable aux étudiants, le Journal de Montréal, The Gazette et La Presse ont opté pour une couverture défavorable aux étudiants. En comparaison, la somme du tirage des trois derniers est de 10 fois celle du Devoir.

Ce qui dépasse le cadre de l’étude cet article, c’est la la possibilité qu’ont certains commentateurs et éditorialistes de multiplier leurs interventions inclinées politiquement au sein des autres plateformes de ces groupes médiatiques. Quebecor est le champion en la matière en ouvrant ses pages à tous les hérauts de la droite, qu’elle soit néolibérale ou ultra-conservatrice. Ainsi les Martineau, Facal, Duhaime, Bombardier, Dumont, Ravary et compagnie forment un clan dont les positions idéologiques sur les grands enjeux sociaux et politiques rejoignent avantageusement ceux du boss de la shop, PkP. Mieux encore, à chaque fois que Péladeau doit représenter les intérêts de Quebecor devant le CRTC (dans le dossier Bell-Astral, ou celui des redevances TVA), existe-t-il une cloison d’objectivité entre la salle des nouvelles du groupe et les intérêts spécifiques du boss? Bien sûr que non. La machine du commentariat que se paye PkP se met inélectablement au service des intérêts du boss. L’éthique journalistique, très peu pour PkP qui, de toute façon, a montré tout le mal qu’il pense de ces considérations futiles en se retirant du Conseil de Presse du Québec.

Quelques jours plus tard, Baillargeon signe un autre texte fort révélateur (http://www.ledevoir.com/societe/medias/364335/portrait-de-groupe-avec-mediacrates) au sujet de ces « faiseurs d’opinion » qui sont partout dans notre paysage médiatique :  » Les rois de la combine médiatique jouissent du don d’ubiquité. Ils animent ou expertisent à la télé comme à la radio. Ils écrivent en plus des chroniques ou des blogues. Ils gazouillent, beaucoup, énormément, à la folie.  »

Dans l’univers du commentariat politique au Québec, force est d’admettre que les tenants de la droite fédéraliste (néolibérale ou conservatrice) se porte admirablement bien. Les rares commentateurs progressistes à qui l’on demande de faire contrepoids (Bazzo, Lagacé, Josée Legault, Manon Cornelier) hésitent le plus souvent à s’afficher à la cause souverainiste avec la même ferveur que le font les Pratte, Lapierre, Lysane Gagnon, Samson et compagnie.

Dans la région de l’Outaouais, la situation est sidérante. la radio parlée de Cogeco, le 104,7, fait appel à l’ancien député du parti libéral du Québec Roch Cholette en tant que locomotive de l’opinion. Maladroitement, sans finesse, celui-ci semble user de son micro pour continuer une oeuvre inachevée sur les banquettes éloignées -frustration d’un back-bencher???- de l’Assemblée nationale. Cela semble avoir un ascendant sur le reste de l’équipe de cette station. Il fallait écouter l’entrevue de l’animateur Patrick Doyon avec le député PLQ de Chapleau (Gatineau) Marc Carrière pour comprendre qu’on n’est plus dans la complaisance mais bien dans la partisanerie. Voilà mon Marc, 6 minutes pour vendre ta salade. Pas de questions sur le bilan du PLQ, une décennie à 60 milliards de déficit, 5 milliards de contrats non-affectés au Conseil du Trésor, des promesses électorales plus importantes que tous leurs adversaires, non. Rien. Écoutez pour vous bidonner : http://www.fm1047.ca/audioplayer.php?mp3=154296.

En contrepartie, la station régionale 90,7 de la SRC fait appel à Manon Cornelier et Daniel Leblanc pour commenter la scène fédérale et à Rhéal Séguin du Globe and Mail pour la politique québécoise. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’on est loin, très loin ici du commentariat subjectif de la radio Cogeco.

La couverture du budget

Dans cet univers médiatique hyper polarisé et inégalement incliné politiquement, on peut s’attendre à ce que le budget Marceau soit fortement critiqué, sans égards aux paramètres inhérents à la présentation d’un premier budget à la suite d’un long règne de la partie adverse. Il fallait entendre Jean Lapierre démolir ce budget avant même d’en avoir vu le contenu ce matin. Le chroniqueur a longuement « églogué » sur le piètre état des finances publiques et l’absence de marge de manoeuvre du ministre Marceau, condamnant chaque possible porte de sortie afin d’attaquer par préemption la crédibilité du ministre. Une omission pratique cependant, jamais Lapierre n’évoquera le lourd bilan budgétaire des libéraux de Charest. Rien.

Ça s’explique. Les intérêts que défend le chroniqueur Lapierre ont tout intérêt à taire la gestion désastreuse des Libéraux pour deux raisons : d’abord, ces affairistes sont ceux qui ont profité le plus des largesses budgétaires libérales; ensuite, ces mêmes affairistes ont besoin de pouvoir compter sur l’alliance circonstancielle entre les libéraux et les caquistes afin de bloquer la voie à toute gouvernance péquiste qui pourrait mettre en péril ses intérêts. En ce sens, attaquer la marque de commerce libérale en matière de gestion budgétaire est exclu.

C’est proprement abject.

Ainsi, ce matin Lapierre tentait de minimiser la possibilité ou la pertinence d’une coalition CAQ-PLQ. Ne soyons pas dupes, cette alliance stratégique est dans les cartons depuis le 5 septembre. C’est dans les détails du budget Marceau que se trouve la clé de la mise en oeuvre de cette alliance stratégique. On ne parle pas ici d’obscure théorie « complotiste »; tout est de savoir jusqu’où ira le ministre Marceau afin de rééquilibrer les finances publiques en fonction de l’intérêt des citoyens du Québec plutôt que celui de ces affairistes.

~ par delorimier sur 20 novembre 2012.

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