Lettre à Florent Daudens…

Je ne connais pas Florent Daudens. Je ne crois pas l’avoir jamais rencontré. Ni professionnellement, ni personnellement. Mais ce qu’à vécu Florent Daudens vendredi en fin de journée, ça je connais.

Oh oui. Que trop bien.

Quand je suis arrivé la première fois à Montréal pour y passer plus qu’une fin de semaine, c’était pour une copine à moi qui y habitait. Entre le bac et la maîtrise, j’avais bien le temps de m’installer dans la métropole. Beaucoup de mes amis de l’Outaouais y habitaient, je n’étais pas du tout dépaysé. L’ennui c’est que j’ai terminé le bac en plein hiver et que je suis arrivé à Montréal un peu avant la crise du verglas. Des copains à moi réussissaient àpayer leurs études en étant messagers à vélo, une sous-culture en soi très intéressante. De vrais casse-cous. Je me souviens encore de voir un de mes meilleurs potes sortir d’un cours à l’UQAM habillé en messager à vélo qui pratique son métier l’hiver, la radio bien attachée sur la paroi d’un sac à dos. Sitôt les pieds sur l’asphalte non loin de l’intersection Berri et Ste-Catherine, le radio qu’il ouvre: « 28 à l’écoute ». Signal qu’il était prêt à recevoir des « calls ». Et hop, l’élastic au poignet pour tenir la clé du cadenas en U et le voilà parti.

En moins de 48 heures, un des meilleur mécanos pour transformer un vélo de route conventionnel en « bike de courrier », le célèbre Leroux!, terminait les derniers ajustements de mon bike. Pas difficile de se trouver un radio à Montréal l’hiver pour l’aspirant messager. Steph chez « Rapide » me donne une chance. Mon # sera le 27. Mes chums m’expliquent les rudiments de l’orientation à Montréal: St-Laurent coupe la ville en deux; De la Commune c’est zéro et Crémazie autour de 8500. René Lévesque devient Dorchester dans l’Ouest autour de 3500 et à l’est on va pas vraiment plus loin que Delorimier. Un quadrilatère.

Je me suis paumé la première journée mais j’ai vite appris. D’abord, les rudiments de la conduite à vélo dans les conditions de « sloche » et de neige. Ensuite, comment faire de l’argent comme messager à vélo. Surtout, ce que ce boulot m’a laissé de durable dans la vie-et que je ne connaissais pas avant- c’est la passion du vélo; en toute circonstance. Aujourd’hui, vélo de montagne, cyclocross, je ne pourrais vivre sans mes vélos. D’ailleurs, j’ai gagné bien des amis de La Petite-Nation à ma cause avec les années et ensemble, nous avons développé quelques sentiers pas piqués des vers à la Montagne de Ripon… C’est contagieux le vélo, une dope. En plus, c’est bon pour la santé. Enfin, d’habitude.

Comme messager à vélo, j’ai confronté je ne sais plus combien de ti-clins faits sur mesure pour se pendre aux lèvres des idiots comme Maurais Live et ses inepties. Pratiquer le vélo à Montréal est un défi en toute circonstance et à toutes les saisons. Pendant les quelques années où j’ai pratiqué le métier de messager à vélo, certains en sonts morts, par témérité, par accident. Mais beaucoup ont été blessés inutilement à cause de la folie de certains automobilistes qui, pris de rage, ont usé de leur voiture comme d’une arme. Certains, yeux hagards, complètement enragés, perdent toute contenance et font des criminels d’eux-mêmes et s’en prennent physiquement aux cyclistes.

J’ai vu mon meilleur ami, sur McGill Collège, en pleine heure de pointe, alors qu’il faisait jour, demander à un automobiliste de lui laisser un peu de place et ce dernier de répondre par un coup de volant et faire chuter l’ami messager en pleine rue, au travers des véhicules. Une folie qui aurait lui être fatale, et le type de continuer son chemin. Le messager : un détritus.

Le plus souvent pendant toutes les années que j’ai passées à Montréal, j’ai parcouru cette ville à vélo hiver comme été pour mon bon plaisir, car elle est encore plus belle quand on est sur un vélo, plus peinard et silencieux, quand on prend le temps de hummer ce que dégagent les petites rues de la Petite Patrie, du Mile End ou de la Petite Italie… Cela me manque beaucoup de rouler à Montréal.

Des imbéciles pressés qui deviennent des criminels en tabassant le cycliste venu pour la seule cause qu’il s’accapare une partie de la route-son plein droit-doivent être dénoncés, et on le souhaite dans le cas de type qui s’en est pris à Florent Daudens, arrêté. On doit également regardé du côté de ceux qui entretiennent les préjugés envers les cyclistes, certains assez imbéciles pour aller jusqu’à suggérer que l’on s’en prennent à eux, s’il le faut, « avec leur char!!! ». Des innocents comme Dominic Maurais doivent être pointés du doigt quand la violence s’exprime de façon aussi brutale contre un homme dont le seul « crime » aura été de circuler à vélo à Montréal. L’imbécile qui a tabassé Daudens écoutait-il Maurais? Peut-être pas. Mais comme c’est le cas quand on a le privilège de diffuser sur les ondes publiques, on a une responsabilité sociale de ne pas user de son privilège pour encourager les préjugés qui mènent à la violence.

~ par delorimier sur 17 décembre 2012.

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