#sommet2013 : l’ASSÉ, l’art de se tirer dans le pied

Il n’est pas aisé de faire l’unanimité quand on discute du financement de l’éducation postsecondaire. Depuis la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec, mieux connue sous le nom de la Commission Parent (1963-64), le Québec n’a pas entrepris un aussi gros chantier de réflexion concernant la structure complète de son système d’éducation. En clair, notre système d’éducation est encore aujourd’hui l’héritage de cette vaste réflexion.

À n’en point douter, notre collectivité se doit d’entreprendre une nouvelle réflexion sur son système d’éducation ; personne n’en doute. Ce qui est clair également, c’est que le parlement actuel, la nature même de l’instabilité en matière de gouvernance (une minorité de 4 sièges !), n’a pas la légitimité d’entreprendre ce type de refonte de notre système d’éducation. Le PQ gouverne, oui, mais on doit admettre qu’il a payé le prix fort de son appui aux étudiants le printemps dernier. On doit aussi admettre que la société québécoise est divisée quant à certains enjeux sociétaux, le financement de l’éducation par exemple, mais aussi sur les questions de l’environnement et de la gouvernance aussi.

Dans ce contexte, on aimerait rappeler à cette classe d’étudiants la plus militante que le PQ que vous attaquez et que vous décriez tant aujourd’hui a payé le prix fort électoralement afin de porter vos revendications à l’Assemblée Nationale. Il l’a fait car l’ensemble de sa députation y croyait. Lors de ce printemps en ébullition au Québec, ce n’est pas banal de rappeler que l’un des vecteurs qui a permis d’étendre l’appui aux revendications étudiantes c’est justement la légitimité que le PQ leur a donné en les appuyant dans l’antre des parlementaires.

Hors il s’est passé quelque chose de pas banal depuis. Le PQ a pris le pouvoir. C’est-à-dire que le pouvoir lui a glissé entre les mains et qu’il s’y accroche timidement par le peau des fesses de 4 petits députés dans un parlement très minoritaire. A-t-on besoin de vous rappeler qu’il est difficile de lancer de grandes réformes de nos institutions dans un parlement si fragilisé ? Malgré tout, le PQ tiendra un sommet de l’éducation supérieure à la mesure des moyens que lui confèrent la constitution actuelle du parlement.

Aussi, et ça non plus ce n’est pas banal, le PQ prend les rennes du gouvernement après l’un des règnes les plus sombres de notre histoire collective, notre « Grande Noirceur » à nous en quelque sorte. La décennie de corruption et de collusion qu’on a connue sous la gouverne de Charest fera Histoire, nous l’enseignerons plus tard, quand nous aurons pleinement saisi l’ampleur des dommages qu’elle aura causée à l’ensemble de la collectivité. Comme c’est la marque des régimes qui ne daignent pas de se maintenir au pouvoir en usurpant le bien commun, les libéraux de Charest n’ont reculé devant rien en 2012 pour tenter de sauver le régime ; même matraquer sa jeunesse qui, de plein droit, prenait la rue, quand il est devenu clair que par opportunisme politique, Charest essaierait d’assoir sa réélection en provoquant les étudiants.

C’est aussi en réaction à cet abject opportunisme politique que le PQ et Québec Solidaire se sont rangés à vos côtés. Les premiers ont cependant hérité du pouvoir et des responsabilités que cela incombe. Le constat de la dernière année de gouvernance libérale est révoltant ; des finances publiques abandonnées, torpillées par les dépenses inconsidérées du régime libéral. 1,6 milliard de déficit non annoncé selon diverses sources ; 60,9 milliards d’ajouts à la dette en 9 ans et quelques mois de gouvernance. Ce n’est pas que le bateau des finances publiques prend l’eau, c’est plutôt que les libéraux ont torpillé le bateau de toutes parts afin qu’il coule ; sans oublier de s’emparer du trésor avant de quitter, bien entendu.

Dans un tel contexte budgétaire, le PQ est placé devant l’odieux de devoir réparer les pots cassés, de devoir redresser ce qu’il reste de la barque, de chercher tout ce qu’il y a d’ingéniosité afin de présenter un budget crédible en dépit des mauvaises surprises. Le PQ est placé devant l’odieux de devoir annoncer les mauvaises nouvelles ; car pour redresser cette foutue barque si négligée par les libéraux, il y a des coupes à faire, des réductions de budget, des promesses qui deviennent impossible à tenir. Nous ne sommes plus dans le registre du « chaque gouvernement blâme le précédent sur l’état des finances publiques… » ; oh que non. Ce que nous apprenons quotidiennement depuis quelques mois dans nos journaux, à la Commission Charbonneau et qui nous avait été annoncé par le travail des journalistes d’enquête de divers médias, c’est que les finances publiques et le gestionnariat de nos institutions (fonction publique) provinciales et municipales ont été détournées, trafiquées comme jamais afin de servir les intérêts financiers et politiques d’un régime bien établi. Voilà qui laissera des traces très longtemps.

Dans ce contexte historique bien particulier, on s’attendrait à ce que les étudiants comprennent que l’heure n’est pas aux grands chantiers de réflexion et des réformes complètes de nos institutions. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille abandonner la revendication de la gratuité scolaire, un idéal qui se défend, mais les plus militants qui veulent enfoncer de force la discussion sur la gratuité scolaire et qui menacent le gouvernement en place ne font que le jeu de ceux qui, il y a quelques mois à peine, prenaient un malin plaisir à jouer des crânes brisés en se riant de leur combat ! N’oublions pas une chose, si la grève générale illimitée du printemps dernier s’est étendue, par ses appuis, à l’ensemble de la population québécoise, c’est aussi grâce à l’appui des modérés qui ont compris l’attitude inique du gouvernement précédent à l’endroit des étudiants. Le contexte a changé, une radicalisation des positions présentement ne fera qu’isoler les étudiants les plus militants et portera ombrage à leurs revendications.

~ par delorimier sur 5 février 2013.

3 Réponses to “#sommet2013 : l’ASSÉ, l’art de se tirer dans le pied”

  1. VOILA UNE BONNE ANALYSE …TOUS DEVRAIENT LIRE

  2. EXCELLENT TEXTE ! Louise Mailloux résume très bien ce qu’est ce maudit bout de tissu. Honte à Françoise David et Amir Kadhir ! Mort à l’inutile QS !
    Voile islamique : Québec solidaire et le pari de Soeur Françoise
    Louise MAILLOUX – PROFESSEURE DE PHILOSOPHIE
    L’Aut’Journal
    vendredi 13 juin 2008
    http://www.vigile.net/Voile-islamique-Quebec-solidaire
    Les propos tenus récemment par les porte-parole de Québec solidaire, à la radio et dans les journaux, concernant le port du voile islamique dans les institutions publiques, ne visent qu’une seule chose : banaliser et dépolitiser le plus possible cette pratique patriarcale et sexiste dans le but de nous faire croire, comme l’a affirmé Françoise David, « qu’avec le temps, si on accepte ces femmes ainsi voilées, et somme toute peu nombreuses, elles finiront bien par abandonner le voile, qu’elles cherchent présentement leur émancipation, et que de toutes façons, la décision de s’intégrer ou non ne dépend pas de ce que l’on porte sur la tête. »
    Et Amir Khadir d’en rajouter, en disant : qu’en Turquie et en Iran, le voile est devenu un étendard et que les iraniennes l’ont porté pour s’opposer au régime du Shah. » Voilà de quoi plaire ici à tous les anti-américains.
    Un parti de gauche à la droite du Seigneur ! Un seul mot me monte à la gorge : la lâcheté ! Oui, une bien grande lâcheté pour des gens de gauche !…

  3. Je pense que vous ne saisissez pas d’où vient l’agacement des étudiants. On se bat contre une culture politique du secret, de l’opacité, du décret, de la brisure des promesses. Personne n’est dupe de ce qu’allait faire le PQ, mais nous, on pousse pour que le PQ soit de bonne foi. Avez-vous lu comment les rencontres préparatoires du sommet se sont passées ? Le PQ ne prend pas la peine de justifier ses positions par une véritable argumentation (dire qu’on peut pas dans le contexte actuel, c’est quelque peu insuffisant). Ça ressemble plutôt à « nous, on a les mains dans les finances, vous pouvez pas comprendre, nous sommes plus intelligents que vous et on va décréter ce qu’on veut, que vous compreniez ou non. » On demande pas de gagner la gratuité scolaire à tout prix, ni même immédiatement, mais on veut pouvoir défendre la position sur la place publique, que le débat se rende jusque dans les foyers et que les différentes positions puissent contre-argumenter les une avec les autres. Si on a tort, on veut une démonstration évidente que nous avons tort, et surtout des réponses aux faiblesses que nous trouvons dans leurs argumentaires. Donnez-nous les raisons qui motivent l’orientation du PQ, nous nous chargerons de proposer des solutions si c’est possible. On en a marre du mépris. Si le PQ peut pas pour des raisons du genre « la mafia va nous tuer si on cesse la privatisation » ou « les financiers nous font du chantage », on veut pouvoir en discuter aussi. Nous ne sommes pas aussi naïfs que vous pourriez le croire, mais nous exigeons qu’on arrête de nous prendre pour des cons.

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