#polqc Couverture médiatique objective de la rentrée parlementaire à #ASSNAT ?

Le moins que l’on puisse dire c’est que les hostilités ont été lancées rapidement à la rentrée de l’Assemblée Nationale à Québec. Il faut être naïf ou dupe pour croire aux belles promesses des parlementaires d’une plus grande civilité… La réalité c’est que les relations entre certains groupes parlementaires ne sont plus seulement antipathiques, on approche dangereusement de l’animosité.

À bien des égards, ce qui s’est passé hier à l’Assemblée Nationale jette un discrédit sur l’ensemble de l’institution. Le vocabulaire employé, l’usage fait de la période des questions, l’arrogance, voire l’agressivité de certains députés en commissions parlementaires, sans compter un petit roupillon par ci, l’inattention embarrassante d’un leader parlementaire par là…

Pourtant, si vous avez écoutez le bulletin de nouvelles à TVA, si vous avez consulté cyberpresse ou lu La Presse, vous n’avez eu droit qu’à une explication fragmentaire de ce qui s’est passé à l’Assemblée Nationale hier. Un cas isolé? Laissez-moi en douter.

Des images embarrassantes ont beaucoup circulé du député péquiste Daniel Breton, de son petit roupillon en chambre. On admettra que l’on s’attend à plus de sérieux de nos députés. Mais quand on considère la large couverture de la situation, on serait en droit de pouvoir la comparer avec un corolaire, disons la « narcolepsie passagère » d’Henri-François Gautrin, député libéral de Verdun dont on sait que l’horloge biologique a TRÈS souvent été réglée à « sieste » pendant la période de questions.

De la même façon, on a fait grand cas de l’embarrassante erreur d’inattention du leader-adjoint du PQ en chambre, le jeune Mathieu Traversy, dont l’inattention a causé l’appui du caucus péquiste à une motion qui condamne ses propres compressions budgétaires. Voilà qui a coiffé pendant plusieurs heures la page d’accueil de cyberpresse. La député libérale traite les Atikameks de « sauvages » en pleine période de questions… Bof, « much ado about nothing » pour la presse fédéraste…

Peut-on vraiment parler d’une presse « biaisée », d’une couverture inclinée politiquement?

Cette question se pose de façon légitime dans toute démocratie; à plus forte raison quand il y a concentration de la presse en groupes médiatiques qui confondent traitement de l’information et défense de leurs intérêts bien particuliers. Le cas de La Presse en est un qui soulève bien des questions quand on analyse toutes les ramifications de l’empire des Desmarais dans l’univers économico-politique du Québec. Il en est devenu risible de lire les hagiographies libérales d’André Pratte dans La Presse. C’est non seulement l’éditorialiste en chef qui y signe des textes, mais aussi l’animateur principal du groupe de réflexion http://www.ideefederale.ca/ dont le mandat est justement la promotion du fédéralisme, surtout canadien. Combinons à cela qu’une large part de son financement provient des mêmes intérêts financiers que ceux qui détiennent son journal…

Mais avant de parler d’une presse biaisée, il faut s’arrêter aux paramètres d’études et d’analyses qui ont été faites sur le sujet. J’aimerais ici citer les travaux de Richard Alan Nelson, Tracking Propaganda to the Source: Tools for Analyzing Media Bias (2004) dont l’intérêt est d’avoir créé une grille d’analyse qui retient douze éléments à considérer afin de pouvoir trancher cette question. Les voici résumés :

1. Surveys of the political/cultural attitudes of journalists, particularly members of the media elite, and of journalism students.
2. Studies of journalists’ previous professional connections.
3. Collections of quotations in which prominent journalists reveal their beliefs about politics and/or the proper role of their profession.
4. Computer word-use and topic analysis searches to determine content and labeling.
5. Studies of policies recommended in news stories.
6. Comparisons of the agenda of the news and entertainment media with agendas of political candidates or other activists.
7. Positive/negative coverage analysis.
8. Reviews of the personal demographics of media decision makers.
9. Comparisons of advertising sources/content which influence information/entertainment content.
10. Analyses of the extent of government propaganda and public relations (PR) industry impact on media.
11. Studies of the use of experts and spokespersons etc. by media vs. those not selected to determine the interest groups and ideologies represented vs. those excluded.
12. Research into payments of journalists by corporations and trade associations to speak before their groups and the impact that may have on coverage

À la lumière des éléments présentés dans les travaux de Richard Alan Nelson, il sera possible d’analyser la couverture des événements politiques sur la scène québécoise en soulevant de sérieux doutes quant à l’objectivité de certains journalistes, chroniqueurs ou groupes de presse. Le plus souvent, cette grille d’analyse a servi en fonction d’une dichotomie « gauche-droite » du spectre politique. La situation bien particulière au Québec admet de plus en plus cette dichotomie en plus de lui adjoindre la question fondamentale des divisions constitutionnelles. La réalité c’est que le plus souvent, la presse ouvertement à droite est plutôt favorable à l’option du fédéralisme au Québec; si ce n’est que cet ovni qu’est Mathieu Bock-Côté…

En ce sens, il manque au Québec un centre d’analyse de la couverture médiatique politique dont le mandat précis serait d’analyser l’ensemble de la couverture politique en fonction de grilles qui tiendraient compte de la majorité des éléments de l’étude d’Alan Nelson. Cela existe depuis longtemps chez nos voisins américains qui aiment pouvoir étiqueter les membres de la presse et les groupes médiatiques qui les emploient. D’ailleurs, les tabous sont tombés depuis longtemps là-bas et nombre de radios et journaux s’affichent ouvertement à droite, ou à gauche.

En contrepartie à cette analyse, citons les travaux de Robert Vallone, Lee Ross and Mark Lepper qui ont proposé le concept de « hostile media effect »; selon lequel il arrive dans une situation donnée que la couverture médiatique « hostile », ou complaisante, soit plutôt de l’ordre de la perception et ne s’appuie pas sur une réalité empirique éprouvée, testée. En définitive : « Proponents of the hostile media effect argue that this finding cannot be attributed to the presence of bias in the news reports, since partisans from opposing sides of an issue rate the same coverage as biased against their side and biased in favor of the opposing side ». Notons que leur analyse s’est faite, à l’époque, en function de la couverture du conflit israélo-palestinien.

Nous admettrons d’emblée que cette piste d’analyse est aussi une avenue intéressante en ce qui concerne toute analyse de la couverture médiatique politique au Québec. Je me suis fait servir cet argument encore ce matin par quelqu’un qui proposait que de toute façon, si La Presse en effet a un biais fédéraliste admis, celui-ci trouve écho inverse à Radio-Canada, un nid de vipères séparatistes dont le biais pour l’indépendance est si évident… Ce à quoi il faut répondre, d’une part, que la SRC est tenue à des normes étiques journalistiques beaucoup plus strictes que bien de ses concurrents. Peut-on vraiment comparer en la matière la SRC et Quebecor, dont le retrait du Conseil de Presse du Québec a définitivement annihilé toutes normes éthiques journalistiques, même le plagiat!

D’autre part, il serait surprenant que la haute-direction, d’Hubert T Lacroix en passant par Michel Cormier (des Maritimes), puissent être associés, même de loin, à la mouvance souverainiste. La différence à la SRC réside en ce fait que la société d’état est tenue par des normes éthiques de couvrir l’ensemble du spectre de l’actualité politique au Québec. Comme les Québécois se choisissent épisodiquement un gouvernement ouvertement souverainiste (ouais, ouais, j’entends les Opnistes maugréer), cela implique nécessairement de couvrir l’information en fonction de cette option, et non de tout occulter et faire semblant qu’elle n’existe pas.

Bref, ceux qui lisent parfois mes articles savent que je penche plutôt vers une couverture biaisée de l’information mais je demeure ouvert aux débats…

~ par delorimier sur 13 février 2013.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :