#Sommet2013 l’appel de l’ASSÉ : quelque chose comme un malaise, des paroles qui sonnent faux

Je me souviens encore de l’effervescence qui régnait sur notre campus universitaire à pareille date l’an dernier. L’UQO n’a pas été dans les premières institutions à prendre la rue mais la seule vue de ces précurseurs, ailleurs, qui acceptaient de se battre, de mettre de côté leur session universitaire ou collégiale afin de défendre leur point de vue avait quelque chose d’inspirant.

1625 et 82% : les vecteurs d’une mobilisation citoyenne

Sur twitter, on se souvient du chiffre 1625, une référence à la somme de l’augmentation des frais de scolarité que voulait imposer le gouvernement de Jean Charest. Rapidement, ce 1625 s’est aussi muté en 82%, soit la mesure inconsidérée de la hausse des frais de scolarité calculée en pourcentage sur le total d’une facture étudiante en trois ans. Ce chiffre a vite fait comprendre aux étudiants, mais aussi à l’ensemble de la population l’ampleur des augmentations libérales.

Nous avons eu plusieurs discussions sur le campus concernant cet enjeu principal de la mobilisation étudiante : pour ou contre la hausse? On comprendra que si la gratuité a été évoquée, cela se faisait rarement et un périphérie de la discussion sur la hausse des frais de scolarité.

La mobilisation s’est aussi faite sur notre campus, UQO St-Jérôme. Nombre d’étudiants qui résident dans les villages avoisinants sont tenus d’avoir une voiture, le transport en commun ne les desservant pas; la très grande majorité doivent combiner études et travail à temps partiel et rares sont ceux qui jouissent d’une grande sécurité financière. Bref, une hausse de 82% des droits de scolarité était vue comme une voie rapide vers la précarité par bien des étudiants chez nous.

On doit aussi parler du contexte plus général qui a entouré cette mobilisation citoyenne. Le gouvernement de Jean Charest battait des records d’insatisfaction, on le savait usé et corrompu, il se battait depuis des dizaines de mois contre la volonté populaire de tenir une commission d’enquête sur la corruption alors que goutte, par goutte les médias révélaient l’ampleur de l’escroquerie à la population.

Il est apparu rapidement que Charest avait choisi son combat afin d’essayer de trouver une mince porte de sortie quant à sa délicate position politique et sociale, il combattrait sur le dos des étudiants. Nous savons maintenant que c’est à coup de 90 millions gaspillés totalement inutilement et de façon abjecte que Charest a fait de la crise étudiante un futile tremplin d’opportunisme politique. Devant les images quotidiennes de gaz lacrymogènes, de matraquage de la jeunesse du Québec et de ces milliers de jeunes qui, malgré la désinformation libérale prenaient la rue, de plus en plus de citoyens se sont mis à appuyer la cause étudiante. Le carré rouge a trouvé porteurs dans toutes les régions du Québec, des très jeunes, des beaucoup plus vieux, ragaillardis par cet enthousiasme de la jeunesse étudiante, et, éventuellement, le carré rouge s’est invité à l’Assemblée Nationale.

Pas pour la gratuité. Mais contre les compressions libérales, mais aussi contre l’incurie et l’opportunisme crasse d’un régime corrompu et usé. Si des centaines de milliers de Québécois sont descendus dans la rue à de multiples reprises, c’est qu’ils ont appuyé les revendications de l’ensemble des fédérations étudiantes, dont la majorité était plutôt des modérés.
Charest a perdu son pari et le soir du 4 septembre ce sont beaucoup plus que les « Carrés Rouges » qui ont applaudit sa défaite et celle de son parti –quoique moins cuisante qu’espérée- ce sont tous ces centaines de milliers de Québécois de diverses tendances politiques qui en avaient soupé de ce régime.

Un an plus tard, quand on entend le porte-parole de l’ASSÉ lancer des ultimatums, et maintenant appeler à la mobilisation des étudiants afin de boycotter le sommet, il y a quelque chose comme un malaise, des paroles qui sonnent faux. Si les conditions ont été réunies il y a un an afin que le printemps soit « érable » et citoyennement Québécois; il en est tout autrement aujourd’hui. Pour ma part, quand j’en discute avec des étudiants et d’autres intervenants du milieu universitaire, c’est plutôt un vent d’exaspération qui me vient.

La gratuité scolaire est-elle souhaitable? Peut-être. Mais nous n’en sommes pas du tout rendus au moment où il faut encore tout foutre en l’air afin de prendre la rue pour l’obtenir alors que ceux-là même qui la défendent n’ont encore que peu d’idée du comment elle pourrait s’opérationnaliser ici.

Respirons. Et laissons la chance au coureur. Boycotter le Sommet de l’éducation est une erreur. Surtout que la participation constructive de l’ASSÉ –et une rare démonstration d’ouverture de sa part- aurait pu être un tremplin favorable à ses propres revendications…

~ par delorimier sur 14 février 2013.

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