#8Mars quelques mots sur deux femmes d’exception…

Afin de célébrer ce 8 mars, quelques mots sur deux femmes de lettres, deux femmes d’exception…

Marie-Laure Girou Swiderski

Tout étudiant à un profil quelconque sera contrait de suivre des cours obligatoires et d’autres, en lien avec son sujet d’étude, mais optionnels. Au cours de mon bac spécialisé en Lettres Françaises, autant les cours sur le Classicisme et le Siècle des Lumières faisaient partie du tronc obligatoire, autant ceux de littérature antillaise ou de rédaction cinématographique étaient optionnels.

Me souvient encore de cet automne glauque où, désabusé, j’attends encore à la dernière nanoseconde avant de faire mon choix de cours. Peu inspiré, m’en câlissait pas mal. Au retour du congé des fêtes, ça me frappe comme un coup de 2 X 4. Tabarnac. Littératures féministes! Kossé ça! Le prof, Marie Laure Giroux-Swiderski. Au moins me dis-je, les exposés magistraux seront distrayants. J’aimais beaucoup ce prof. Très corpulente, des mouvements toujours exagérés, les grosses lunettes à monture épaisse, les cheveux grisonnants peignés à la garçonne, assez grande quand même, et cette voix… Un coffre dont vous êtes le héros, et un ton de baryton ponctué de « Ha! », comme pour tirer des vapes ces jeunes écervelés que nous étions, trop disposés parfois à la rêverie… Elle nous avait donné un cours sur Robert Challe qui fut épique. Rarement ai-je autant aimé être rivé dans mon siège inconfortable du Pavillon Simard que lors de ce cours.

Mais là, ce cours sur la littérature féministe… Je ne le sentais pas pantoute. À la remise du plan de cours, imposant corpus de lecture. Anne Hébert, L’enfant chargé de songes; Nicole Brossard, Baroque d’aube; Marguerite Duras, L’Amant et sa réécriture L’Amant de la Chine du Nord; Madeleine Ouellette-Michalska, La Maison Tretsler et une lecture au choix. Ouin. L’indubitable avantage de ce cours qui faisait pâmer de rire mes potes (eux bien contents dans un cours sur la littérature américaine du XXe), c’était que je me trouvais en fort agréable compagnie… classe exclusivement féminine.

Grace à la passion avec laquelle Marie-Laure Girou Swiderski m’a fait découvrir l’œuvre de Marguerite Duras, notamment, j’ai découvert un univers littéraire absolument fascinant. La mise en contexte de chaque œuvre, un portrait détaillé de leur contexte de rédaction, les auteures, leurs histoires personnelles, les textes, eux-mêmes, ce qui en faisaient des œuvres charnières pour chacune de ces auteures; mais surtout la passionnante histoire que cachait la réécriture d’une œuvre comme L’Amant. La dualité des deux textes, les suppurations du premier que l’on comparait aux épanchements du second, le fleuve de passion et la tragique destinée d’un secret indicible qui ont unit les deux textes. Je peux sincèrement dire que Mme Girou Swiderski m’a passionné de lecture féministe, du moins pendant quelques mois…

Michèle Lalonde

La première fois que j’ai vu Michèle Lalonde, c’était dans un Salon du Livre. J’étais un jeune blanc-bec qui venait de publier un court opus poétique des plus minables, mais il y avait une soirée de lecture de poésie à laquelle assistait Michèle Lalonde. Un cocktail juste avant, quelques consommations, un éclair de folie, il y a quelque chose que je me dois de dire à Michèle Lalonde. Elle a dû me prendre pour un crisse de fou.

J’ai déjà raconté, ici ou ailleurs, que La Nuit de la poésie de 1970, de Labrecque avait été un documentaire absolument fondamental dans ma vie en ce qu’il m’a permis de connaître Denis Vanier, un auteur auquel je consacrerai ensuite quelques années de ma vie. Mais je ne pouvais me replonger (et je le fais encore avec mes filles parfois) dans ce documentaire sans m’arrêter quelques minutes à l’apothéose de la beauté, du moins pour un amant de la poésie, de l’engagement, des mots durs, de la parole qui nous sculpte en qui nous sommes, bref, cette lecture qu’avait fait Michèle Lalonde de Speak White en 1970.

Toujours aussi belle, j’attends qu’elle soit un peu à l’écart et au meilleur de ce que ma langue à juron me le permit, j’entreprends d’expliquer à cette dame à quel point elle avait façonné mon idéal de la beauté, par ses mots, par l’émotion de son texte, par tout ce qui fait que les humains parfois s’aventurent hors des barrières de l’altérité.

Réception polie, même un peu gênée. Une conversation s’est engagée sur le thème de la littérature, de ce qui a fait de cette soirée là, une Nuit mémorable de la poésie.

Michèle Lalonde n’a pas lu de texte ce soir là.

À la fin de la soirée, on m’a demandé d’en lire un. Malheureusement. Amant, aussi, de la démesure, je m’étais paqueté pas à peu près avec quelques autres invités. Je n’avais rien d’autre sous la main que ce putain de livre minable que mon éditeur, le con, avait accepté de publier.

J’aurais tant voulu lire autre chose.

Quelque chose moins indigne de celle qui se trouvait encore là.

~ par delorimier sur 7 mars 2013.

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