#POLQC Doit-on célébrer la mémoire de Paul #Rose?

Célébrer ou non la mémoire du citoyen Paul Rose…

Car on devra bien l’admettre, Paul Rose a payé sa dette à la société. Devant un tribunal que ses collègues et lui ne reconnaissaient pas, il a plaidé « responsable ». Quand, devant les années qui ont passées, la trame des événements a été connue, il a été établi que Paul Rose n’était pas avec son frère Jacques et Francis Simard. Il a accepté sa responsabilité dans l’enlèvement de Pierre Laporte, il en a payé le prix. Il y a eu mort d’homme. Paul Rose l’a reconnu et il a fait son temps.

En toutes circonstances, j’exècre la violence politique. Je ne défendrai pas les actes des felquistes, je ne les vois pas comme des héros. Ce sont des produits de leur époque; une où l’activité révolutionnaire foisonnait partout dans le monde et où ce type d’enlèvement était une arme des révolutionnaires qui combattaient quelconque forme de pouvoir. Il y avait des dictatures sanglantes, des régimes totalitaires contre lesquels une poignée d’hommes et de femmes se sont soulevés. Peut-on dire que les mêmes conditions prévalaient ici? J’en doute. Mais des jeunes qui étaient prêts à donner leur vie pour la cause de l’émancipation nationale du Québec y ont cru. Leur vie en a été marquée à jamais.

J’exècre aussi la violence institutionnelle, celle des régimes qui, parfois, n’hésitent pas à fomenter des complots plus grands que nature pour justifier ensuite leur répression. L’Histoire nous a appris depuis que le gouvernement de Trudeau a non seulement grandement exagéré la menace felquiste, mais dans son combat acharné contre les indépendantistes, il a instrumentalisé la Crise d’Octobre afin d’étendre la répression à TOUS les indépendantistes, même ceux qui décriaient la violence.

Des journalistes et écrivains, Québécois et Canadiens, se sont penchés sur cette sombre période de nos histoires communes. Louis Fournier dans son livre FLQ, Histoire d’un mouvement clandestin a clairement démontré, preuves d’enquêtes policières et d’enquête royale sur le travail des policiers à l’appui, que Trudeau et sa garde rapprochée ont autorisé la mise sur pieds de cellules felquistes bidon, certaines ayant le droit de faire exploser des bombes, de se financer à coup de hold-up; sa haine des indépendantistes ne semblait connaître aucune limite.

Doit-on célébrer la mémoire de Paul Rose?

À la lumière de ce que l’on sait aujourd’hui, quand on considère que les artisans de La Loi sur les mesures de guerre, cette inacceptable brèche répressive aux libertés civiles de tous les Québécois sont TOUS aujourd’hui Right and Honorable, je me dis qu’il est tout à fait légitime de rappeler la mémoire de l’un des protagonistes de cette époque trouble. Cela ne veut pas dire que l’on applaudit les actions des felquistes. Je ne le ferai jamais.

Par une chaude journée du printemps 1994, la cour arrière du CÉGEP de Gatineau est magnifiquement ensoleillée. J’en suis à ma seconde année au collégial et j’occupe le poste de président de l’Association étudiante. Nous combattions à l’époque la Réforme Robillard qui voulait arrimer le collégial aux seules attentes du marché du travail. Je commençais à militer dans certains groupes de gauche, et grâce à certains profs comme Roger Blanchette, je dévorais les bouquins de philosophie et d’histoire. J’étais particulièrement intéressé par la querelle Bakounine-Marx, par Kropotkine, Max Stirner et Louise Michel ou Rosa Luxembourg. Je ne m’intéressais pas encore beaucoup à l’histoire ou à la politique du Québec en tant que tel.
C’est par une chaude journée de printemps que nous avions accueilli au CÉGEP un conférencier hors de l’ordinaire, Paul Rose. Il y avait d’autres gens avec lui, son frère Jacques notamment. J’avais lu, à la recommandation de M. Blanchette, Nègres blancs d’Amérique de Pierre Vallières afin d’en savoir un peu plus sur la lutte d’émancipation de ces jeunes Québécois. J’ai rencontré à cette occasion un homme simple qui avait surtout parlé de l’indépendance du Québec, de cette lutte si importante à faire.

Nous avions l’habitude de nous rencontrer afin de discuter après le CÉGEP, ces soirées où les mots se perdent dans les effluves d’alcool et d’ivresse. J’ai beaucoup discuté avec Paul Rose. Cette fois-là, mais à bien d’autres occasions aussi; il y avait quelque chose qui me rapprochait de cet homme. On préparait des élections au Québec à cette époque et Paul Rose présidait le parti NPD-Québec –indépendant du NPD fédéral, un schisme ayant eu cours sur la question nationale- et il m’avait approché pour devenir jeune candidat dans Chapleau. Une histoire de fou. Je me souviens encore mes complices d’alors (ils le sont tous encore aujourd’hui!) les Jeannotte, Machado, Lemire, Cyr qui me narguaient, qui me suppliaient de faire le saut. « T’es pas game! Enwaille, on le fait! » On le fait, on le fait. C’est encore moi qui s’est mis la tête sur le bûcher et à la fin d’une bonne brosse, j’ai accepté. Ivre, c’est vrai, mais tout à fait conscient de ce que je faisais. Du moins j’étais motivé en tabarnac à 4 heures du matin.

Nous nous sommes revus le lendemain et j’ai officialisé le tout. Je me souviens avoir présenté Paul Rose à ma mère ce jour là. Monoparentale, nous habitions un petit logement très modeste rue Mutchmore à Hull. Comme d’habitude j’avais égaré mes clés et j’ai dû cogner à la porte. Ma mère ouvre et elle s’aperçoit que je ne suis pas seul. « Salut M’man, je te présente mon chum Paul Rose, il faut qu’il utilise le téléphone ok? » Ma mère a comme figé quelques secondes, Paul l’a salué poliment et s’est exécuté. Nous sommes repartis.

C’est grâce à son initiative que j’ai commencé à milité dans certains groupes de gauche à Montréal. J’avais bien quelques copains de l’Outaouais qui s’étaient exilés dans la métropole et nous nous sommes revus souvent à Montréal. D’autres discussions épiques, je n’étais pas toujours d’accord, mais jamais je n’ai senti que mes opinions n’étaient pas respectées. Quand les élections ont été déclenchées, je connaissais pas mal de monde dans le parti et je commençais à prendre ma place dans certains groupes de gauche, surtout l’aide communautaire.

Une fois les élections annoncées, nous avons décidé d’organiser une conférence de presse pour lancer ma campagne à Gatineau. Le lancement a eu lieu au CÉGEP de Gatineau en présence de Jocelyne Roy (si ma mémoire est bonne) et Paul Rose. Bien entendu, annoncer la venue de l’ex-felquiste m’a assuré d’une couverture médiatique importante. Le tout s’est bien déroulé si ce n’est que j’aurais préféré trouver autre chose à me mettre sur le dos que mon taïdaï avec des champignons dessus…

Nous avons mené une campagne simple, donné quelques entrevues ici et là, participé à un débat des partis marginaux dans le Pontiac (ce fut épique…)et rencontré nombre de citoyens par notre annonce dans le journal qui proposait que je me rende chez les gens pour une soirée de discussion… Bref, nous avons récolté plus de mille votes, un franc succès pour le NPD-Québec.

J’ai revu Paul Rose à la fin septembre ou au début octobre de cette année-là, après les élections. Nous avions soupé chez des amis et nous avions convenu d’aller voir ensemble le film de Falardeau, tout frais sorti sur les événements d’Octobre. Je dois admettre que ce fut toute une expérience de voir le film avec l’un des ses sujets principaux. Pendant la projection, je ne dirai que ceci, sa réaction fut forte à la scène où il devait s’être dévasté le visage à coups de brique… Nous avons longuement discuté d’Octobre ce soir là. Ce fut la seule fois que j’ai osé le questionner sur les événements.

Doit-on célébrer la mémoire de Paul Rose?

Je n’ai pas connu les événements d’Octobre 1970. L’homme que j’ai connu était posé, impliqué dans la défense de la cause des plus démunis à Montréal, mais partout au Québec. L’homme que j’ai connu était résolument indépendantiste et c’est sans gène que je le salue aujourd’hui.

Repose en paix Paul Rose.

~ par delorimier sur 14 mars 2013.

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