Le #1ermai 1886, le massacre de Haymarket Square. La lutte des travailleurs ne sera jamais plus la même.

J’ai déjà cité cet ouvrage mais pour lire un compte-rendu historique absolument fascinant des événements qui ont menés au Massacre de Haymarket Square à Chicago en 1886, on se référera au chapitre intitulé « Les Gibets de Chicago » du livre « La Grande armée du Drapeau Noir » de George Blond. Un essentiel.

http://books.google.ca/books/about/La_grande_arm%C3%A9e_du_Drapeau_Noir.html?id=w3IJNQAACAAJ&redir_esc=y

On pourra lire, en ligne et en anglais, un autre récit de ces événements (The Bomb, roman de Frank Harris paru en 1908, retrace le déroulement des événements suivant l’hypothèse que Rudolph Schnaubelt, membre du groupe anarchiste de Louis Lingg mais non arrêté, serait le lanceur de la bombe) ici :

http://www.ibiblio.org/eldritch/harris/bomb.htm

« Le massacre de Haymarket Square, survenu à Chicago le 1er mai 1886, constitue le point culminant de la lutte pour la journée de huit heures aux États-Unis, et un élément majeur de l’histoire de la fête des travailleurs du 1er mai. […]

Tout commence lors du rassemblement du 1er mai 1886 à l’usine McCormick de Chicago. Il s’intégrait dans la revendication pour la journée de huit heures de travail quotidien, pour laquelle une grève générale mobilisant 340 000 travailleurs avait été lancée. August Spies, militant anarchiste, est le dernier à prendre la parole devant la foule des manifestants. Au moment où la foule se disperse, 200 policiers font irruption et chargent les ouvriers. Il y aura un mort et une dizaine de blessés. Spies rédige alors dans le journal Arbeiter Zeitung un appel à un rassemblement de protestation contre la violence policière, qui se tiendra le 4 mai. Ce rassemblement se voulait avant tout pacifiste. Un appel dans le journal The Alarm appelait les travailleurs à venir armés, mais dans un seul but d’autodéfense, pour empêcher des carnages comme il s’en était produit lors de bien d’autres grèves.

Le jour venu, Spies, ainsi que deux autres anarchistes, Albert Parsons et Samuel Fielden, prennent la parole. Le maire de Chicago, Carter Harrison, assiste aussi au rassemblement. Lorsque la manifestation s’achève, Harrison, convaincu que rien ne va se passer, appelle le chef de la police, l’inspecteur John Bonfield, pour qu’il renvoie chez eux les policiers postés à proximité. Il est 10 heures du soir, les manifestants se dispersent, il n’en reste plus que quelques centaines dans Haymarket Square, quand 180 policiers de Chicago chargent la foule encore présente. Quelqu’un jette une bombe sur la masse de policiers, en tuant un sur le coup. Dans le chaos qui en résulte, sept agents sont tués, et les préjudices subis par la foule élevés, la police ayant « tiré pour tuer ». L’événement devait stigmatiser à jamais le mouvement anarchiste comme violent et faire de Chicago un point chaud des luttes sociales de la planète.

Après l’attentat, sept hommes sont arrêtés, accusés des meurtres de Haymarket. August Spies, George Engel, Adolph Fischer, Louis Lingg, Michael Schwab, Oscar Neebe et Samuel Fielden. Un huitième nom s’ajoute à la liste quand Albert Parsons se livre à la police.

Le procès s’ouvre le 21 juin 1886 à la cour criminelle du comté de Cook. C’est avant tout le procès des anarchistes et du mouvement ouvrier1. La sélection du jury compte par exemple un parent du policier tué. Le procureur Julius Grinnel déclare ainsi lors de ses instructions au jury :

« Il n’y a qu’un pas de la République à l’anarchie. C’est la loi qui subit ici son procès en même temps que l’anarchisme. Ces huit hommes ont été choisis parce qu’ils sont des meneurs. Ils ne sont pas plus coupables que les milliers de personnes qui les suivent.
Messieurs du jury : condamnez ces hommes, faites d’eux un exemple, faites-les pendre et vous sauverez nos institutions et notre société.
C’est vous qui déciderez si nous allons faire ce pas vers l’anarchie, ou non. »

Le 19 août, tous sont condamnés à mort, à l’exception d’Oscar Neebe qui écope de 15 ans de prison. Un vaste mouvement de protestation international se déclenche. Les peines de mort de Michael Schwab, Oscar Neebe et Samuel Fielden sont commuées en prison à perpétuité (ils seront tous les trois graciés le 26 juin 1893). Louis Lingg se suicide en prison. Quant à August Spies, George Engel, Adolph Fischer et Albert Parsons, ils sont pendus le 11 novembre 1887.

L’évènement connut une intense réaction internationale et fit l’objet de manifestation dans la plupart des capitales européennes. George Bernard Shaw déclara à cette occasion : « Si le monde doit absolument pendre huit de ses habitants, il serait bon qu’il s’agisse des huit juges de la Cour suprême de l’Illinois » » (tiré de WiKi)

*********

L’intérêt du livre de George Blond par rapport à ces événements demeure que celui-ci les place dans le contexte d’autres luttes ouvrières qui ont marquées cette époque, partout dans le monde. L’objet du livre de Blond est de recenser comment le mouvement anarchiste ouvrier s’est développé en parallèle de cette lutte. On trouvera aussi dans la diégèse de ce récit historique le combat que se sont livrés deux monuments de la lutte contre le capitalisme, Bakounine et Marx.

Pour comprendre l’importance de « La journée internationale des Travailleurs » du 1er mai, il est capital d’en rappeler les fondements historiques, comme ce qui s’est passé à Chicago en 1886. Il est important de rappeler qu’à cette date, la ville américaine comptait 630 000 habitants parmi lesquels l’énorme proportion de 225 000 travailleurs mâles adultes! Comme les conditions de travail y étaient abjectes, devant l’arrogance des patrons, qui, loin d’écouter les doléances des ouvriers, ont répondu par la répression d’une police privée particulièrement violente, les conditions étaient réunies afin que Chicago devienne une poudrière à laquelle des chefs syndicaux, révolutionnaires, certains ouvertement anarchistes, mettent le feu.

~ par delorimier sur 1 mai 2013.

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