Remember Mr. Price? Ces collectivités anglophones « oubliées » au Québec. #polqc

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J’ai rencontré le vieux bonhomme Price dans les années 90. On pouvait le croiser le plus souvent à la station service indépendante du village de Buckingham (aujourd’hui Gatineau, mais pas vraiment- les gens de Buckingham ne se sont jamais sentis, pour la plupart, Gatinois). Je me souviens y avoir emmené mon vieux Westfalia pour un changement d’huile. Le garage adjacent aux pompes à essence était bordélique, on pouvait fureter les tonnes de manuels de réparation automobile (en anglais) Haynes, de tous les modèles de véhicules.

En remontant mon vieux West sur le lift hydraulique, il avait oublié de refermer la porte avant côté conducteur, qui s’est coincée contre la structure du lift et a arraché. En panique, le vieux Price avait descendu mon camion, s’était confondu en excuses à peines audibles dans « son anglais » que j’avais appris à déchiffrer avec le temps.

Quand il n’y avait pas beaucoup de client, les jours d’été, j’aimais aller m’assoir sur les vieilles chaises dégarnies du vieux Price. On pouvait y boire un vieux Coke, dans les petites bouteilles de vitre. Le bonhomme parlait un anglais truffé d’expressions françaises, mais surtout les sacres, insérés, ici et là, avec l’accent : « taabeurrrnaac! ».

Ce qui me fascinait le plus, c’était le fait que cet homme avait pu habiter une région majoritairement francophone sans jamais n’apprendre réellement le français. Il devait bien faire plus de 70 ans à l’époque, mais le seul français qu’il connaissait avait trouvé place dans « son anglais ». Ça me fascinait aussi qu’il prononce à la québécoise des mots qui étaient les mêmes dans les deux langues, comme « garage ».

Mais surtout, le vieux Bonhomme Price m’a fait découvrir un univers que je ne connaissais pas, cet arrière pays où des collectivités anglophones semblaient vivre en complète autarcie. Des villages comme Mayo (prononcé à l’anglaise – Mééyo), Mulgrave et Derry ou Lochaber. Il m’expliquait l’histoire de l’une ou l’autre de ces petites chapelles anglicane ou protestante qu’on pouvait croiser sur la 315 entre Mayo et Ripon. Les diminutifs cimetières m’intriguaient aussi au plus haut point. Il m’arrivait, à vélo, de sillonner la 315 et de m’arrêter pour lire les épitaphes. Tant de familles aux patronymes anglophones qui avaient vécues côte à côte de nos collectivités sans vraiment s’y fondre.

À partir de ce moment là, je n’ai plus jamais vu les « minorités » anglophones de la même façon. J’ai compris à quel point il était fondamental de protéger cet héritage inestimable pour le Québec. En Outaouais, des villages comme Mayo et Mulgrave où la communauté anglophone se perpétue depuis toujours, il y en a plusieurs. On connait le Pontiac comme bastion anglophone, mais il y a aussi sur la 105, entre Hull et Maniwaki de nombreux villages traditionnellement anglophones. Je pense aussi au village de Namur dans La Petite-Nation. Cette particularité socio-historique n’est pas le seul fruit de l’Outaouais bien entendu. Je pense aussi à la famille Lahue (prononcé Léé-I-ou) que j’ai côtoyé longtemps dans les Canton de l’Est dans à Frelishburgh, petit village magnifique qui jouxte le Québec et le Vermont ou au vieux Gerry Perry dont la terre à Cap-aux-Os près du Parc Forillon a accueilli tant de jeunes pouceux dans les années 90. Le vieux Gerry aimait beaucoup raconter l’épisode de l’expropriation…

Bien que les Québécois aient raison de s’inquiéter de l’anglicisation de la province, et qu’il soit nécessaire de tout faire pour protéger la langue française, il ne faut jamais oublier d’inclure dans ces discussions la protection de ces collectivités anglophones avec qui on partage le Québec depuis toujours.

~ par delorimier sur 22 août 2013.

Une Réponse to “Remember Mr. Price? Ces collectivités anglophones « oubliées » au Québec. #polqc”

  1. J’imagine que c’est compliqué d’habiter dans un pays avec plusieurs langues officielles. Personnellement je crois qu’il faut les apprendre. Et qui n’aimerait pas savoir plusieurs langues si on a l’occasion? C’est plus facile si vous êtes entouré par la langue, alors, profitez-en.
    Océane | Portes Canada (Les)

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