À considérer avant de prendre connaissance de la #ChartevaleursQc

drainPetite entrée dans le blogue avant le dépôt demain de la « Charte des Valeurs Québécoises »… Des pistes de réflexion en fait. Car il demeure des questions qui, dans ce débat, n’ont que peu été évoquées. J’en discuterai donc ici.

Tout discours-débat sur la charte des valeurs ou de la laïcité au Québec en est un sur l’adhésion ou non de la province à la politique du multiculturalisme canadien. Les deux thèmes sont indissociables.

Définition des concepts

« Le multiculturalisme canadien est un modèle d’intégration des nouveaux arrivants et de gestion de la diversité ethnoculturelle soutenu par un ensemble de politiques gouvernementales adoptées par le Canada des années 1970 et 1980, par le Gouvernement libéral de Pierre Elliott Trudeau. La Chambre des communes a adopté la Loi sur le multiculturalisme canadien le 21 juillet 1988.

Le multiculturalisme canadien prône la coexistence de différentes cultures au sein du pays, par opposition à l’intégration et la constitution d’une identité commune. En ce sens, le terme « multiculturalisme canadien » est souvent utilisé par opposition à celui d’« interculturalisme québécois ».

En ce sens, le modèle d’intégration canadien a toujours été latent au Québec, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, on évite le débat quand les Libéraux sont au pouvoir, tout en laissant cours à tout ce qui sous-tend la mise en place du multiculturalisme (pas de législation linguistique, intégration des immigrants selon les principes du multiculturalisme) ; et on sombre dans les querelles avec Ottawa et l’ensemble canadien quand le PQ change le gouvernail et ramène les questions identitaires ou la primauté du français comme précepte fondamental de l’intégration des immigrants.

Cependant, à quelques heures du dépôt de la tant attendue Charte de Bernard Drainville, on n’a peu lu sur les expériences de politiques multiculturalistes ailleurs dans des sociétés occidentales où la situation peut se comparer à la nôtre ici au Canada. Et pourtant, nous avons beaucoup à apprendre de ce qui s’est passé en France, en Angleterre, en Allemagne ou en Hollande par exemple.

La France vient d’accoucher d’une Charte de la Laïcité très contraignante que l’on a quelque fois évoquée ici. Elle est désormais affichée dans toutes les salles de classe jusqu’au lycée et proscrit tout signe religieux visible, tant pour les enseignants que pour les élèves. L’espace public (fonctionnaires, forces de l’ordre, etc) est laïc et l’on a repoussé le fait religieux dans la sphère du privé.

Les cas de l’Allemagne, de l’Angleterre et de la Hollande sont similaires en ce que ces pays ont tous abandonné leur politique multiculturaliste. Dans chaque cas, ce modèle d’intégration a été sévèrement et les dirigeants ont constaté l’échec de telles politiques.

On trouvera d’ailleurs quelques lectures ici :

Sur le cas allemand : http://www.lefigaro.fr/international/2010/10/17/01003-20101017ARTFIG00129-angela-merkel-admet-l-echec-du-multiculturalisme-allemand.php

Anglais : http://www.lepoint.fr/monde/david-cameron-denonce-l-echec-du-multiculturalisme-en-grande-bretagne-05-02-2011-136009_24.php et ici un sévère constat du multiculturalisme canadien et comment il serait inapte en Angleterre : http://www.theguardian.com/commentisfree/2011/dec/06/canada-multiculturalism-europe

En Hollande : http://www.eutimes.net/2011/06/the-netherlands-to-abandon-multiculturalism/

Dans un essai qui s’intitule « Canadian Multiculturalism: Global Anxieties and Local Debates », Keith Banting et Will Kymlicka se sont aussi penché sur la question de l’état du multiculturalisme canadien (http://post.queensu.ca/~bantingk/Canadian_Multiculturalism.pdf). Bien que leur angle de recherche porte essentiellement sur des comparatifs extra-canadiens, leur appréciation du débat des accommodements raisonnables au Québec est très intéressante.

Notamment, selon les deux auteurs, tous les partis politiques au Québec doivent s’éloigner un tant soit peu du modèle d’intégration multiculturaliste canadien. Ils en appellent à l’élection provinciale de 2007, un point tournant selon eux en ce sens que :

« For the first time in many years in Canada, a major political party (the Action Democratique du
Quebec) ran on an anti-immigrant and anti-multiculturalism platform, and this proved to be a successful tactic, increasing their share of the vote and of seats. To avoid further loss of electoral support, both the Quebec Liberals and Parti Québécois engaged in ‘get tough’ rhetoric, denouncing ‘excessive’ multiculturalism ».

Bien que la terminologie soit un peu forte, l’ADQ n’avait pas de politique « anti-immigration », l’élection de 2007 a envoyé une onde de choc au Canada-Anglais car pour la première fois, les Québécois de toutes inclinaisons constitutionnelles s’étaient prononcé contre le modèle d’intégration multiculturaliste canadien.

Et cet appui majoritaire de la société québécoise à un projet de « Charte de laïcité, ou de valeurs québécoises » agace beaucoup les milieux fédéralistes au Québec. On comprendra que sondage après sondage, les appuis presque unanimes des collectivités anglophones et allophones au PLQ (entre 85 et 95 % selon qui sonde), incitent les milieux fédéralistes à vouloir accélérer tout modèle qui s’approche du multiculturalisme canadien. Dix années de gouvernance libérale où toute défense de la primauté du français et un silence total sur toutes questions identitaires ont bien servi le PLQ. C’était pourtant irresponsable de ne faire absolument rien avec la discussion que tous les Québécois ont eu par la Commission Bouchard-Taylor…

En conséquence, les milieux fédéralistes au Québec ont emboîté le pas à la rhétorique méprisante qu’on savait très bien arriverait du ROC en reprenant tout débat identitaire.

Les lecteurs de LaPresse-Gesca-Desmarais ont donc été soumis à un barrage indécent d’articles, d’éditoriaux et d’entrées de blogue qui à un ou deux exceptions près se positionnaient tous contre toute velléité d’édicter une telle Charte. On passera outre les insipides et prévisibles textes de Pratte bien sûr, mais pour un récit comme celui que raconte Yves Boisvert de ces gens lésés par la Charte (http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/yves-boisvert/201309/07/01-4687039-on-nest-pas-venus-pour-repartir.php), on aurait pu aussi laisser parler la contrepartie. Comme ce récit tout aussi touchant de Leila Lesbet (http://www.courrierlaval.com/Opinion/Tribune-libre/2011-03-31/article-2385741/Discours-de-Leila-Lesbet/1), qui a fait moins de bruit car publié chez Transcontinental. Mais il n’y a visiblement pas eu de souci d’objectivité ou d’impartialité dans la couverture de La Presse de tout ce dossier.

En terminant, il est impératif de comprendre que l’édiction d’une « Charte de la laïcité ou des Valeurs Québécoises » est un premier pas à franchir afin de rejeter une fois pour toute le modèle d’intégration multiculturaliste canadien. D’une part, lorsqu’appliqué au Québec, c’est un facteur d’assimilation indéniable de la collectivité Québécoise, d’autre part, ce modèle d’intégration a trop souvent failli partout ailleurs dans le monde.

~ par delorimier sur 9 septembre 2013.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :