« À cause de quoi au fond… l’argent et le vote ethnique… » #polqc

Parizo

Je m’en souviens comme si c’était hier, un moment charnière de l’histoire de tous ceux qui habitaient le Québec quand cela s’est produit. On dit même de ce référendum de 1995 qu’il s’agit d’un record de participation citoyenne à une consultation populaire au sein d’une démocratie occidentale. 93,52% des gens du Québec se sont prononcés cette fois-là. Colossal.

Habitant l’Outaouais, nous nous étions réunis, une bande de cégépiens, d’universitaires, quelques uns de nos profs aussi. Ça transcendait les générations. Nous savions tous qu’il se vivait à ce moment là un moment décisif de notre histoire collective. Comme tous les autres souverainistes, j’ai vécu ce soir là l’optimisme grisant et la chute brutale vers ce verdict nul. Archi-nul, dans tous les sens du terme.

Nous étions scotchés au tube quand Jacques Parizeau a pris la parole ce soir là. Nous buvions ses paroles, sonnés que nous étions, assommés par ce surréaliste revirement de situation. La province coupée fer en deux. Je reviens dans un instant à ce que j’ai pensé des mots de Parizeau.

Je me souviens que nous n’étions pas restés très longtemps dans le petit café de Hull où nous nous étions réunis. Si vous êtes déjà sortis à Hull, vous connaissez très bien le triangle Bop-Bistrot-4 Jeudis, cette minuscule place piétonnière qui se déverse près de ces trois bars bien connus. Il y avait foule. Il y régnait un drôle d’atmosphère quand nous y sommes arrivés. Calme, un foule d’assommés.

Puis il y a eu ce premier pick-up plaqué Ontario, les drapeaux du Canada, un gang de gars ivres (nous n’étions pas à jeun non plus ça s’entend). Puis d’autres gens qui se massent dans les rues environnantes. Ce qui devait arriver, bien sûr… Batailles, foires d’empoigne, la tonne de monde à fleur de peau, une allumette, le feu aux poudres.

J’ai tapoché tout ce qui bougeait ce soir là. Je suis certain d’avoir tapoché des chums dans la commotion. Les forces de l’ordre sont arrivées en nombre impressionnant. Nous avons trouvé refuge dans l’appartement d’un ami qui habitait à quelques mètres de là. Je ne me souviens pas des conversations que nous avons eues après. Quelques flashs, des visages. J’ai quitté l’université d’Ottawa pour la première fois peu de temps après. Me souviens d’être parti, seul, sur le pouce. Ma première fois à Havre-Saint-Pierre. Le plus ironique, c’est que j’ai cuvé ma peine avec des Ontariens qui avaient retapé une auberge à La Minganie, un p’tit coin de paradis où ils m’ont accueilli gratuitement en échange d’un peu de jus de bras et au prix de quelques brosses mémorables…

« À cause de quoi au fond… de l’argent eu du vote ethnique… »

Le soir même, dans la folie générale de cette soirée où tout était surréaliste, je n’ai pas réagi aux commentaires de Parizeau. C’était avant tous les twitter de ce monde et autres capacités d’indignation généralisée, instantanée. Dans les jours qui ont suivi, ont a cloué au pilori ce maudit sépératiste qui, à cette époque, ne jouissait d’aucun capital de sympathie, surtout dans le ROC et chez la presse ouvertement fédéraliste. Mais honnêtement, je ne me souviens pas d’avoir été indigné par ces commentaires là. C’était comme une évidence. Faut dire que pour être capable de panser mes plaies, je me souviens de m’être retiré un peu du monde pendant un bout.

À la lumière de ce que l’on sait aujourd’hui cependant, ces commentaires doivent être interprétés très différemment. Parizeau est l’un des plus brillants économistes que le Québec moderne ait connu. La première partie de son affirmation devait être pour lui aussi, une évidence. Le camp du NON s’était moqué des lois électorales québécoises et avait dépensé sans compter. Ça il le savait. Je me suis toujours demandé comment cet homme pouvait se sentir à mesure que l’on dévoilait le scandale infect des Commandites. Voir les politiciens défiler devant Gomery, certains souriants, bradant même l’autorité du juge, pour se targuer d’avoir sauvé le pays. Ce pays bâti sur des mensonges depuis les « Pères de la Confédération »…

« Le vote ethnique »

Chaque sondage CROP-LaPresse-Desmarais qui est publié dans la nébuleuse fédéraliste Gesca nous rappelle pourtant à quel point Parizeau avait raison. Quand les appuis des communautés anglophone et allophone au parti Libéral corrompu de l’ère post Charest continuent à friser les 90%, quand des journaux comme le West-Island Gazette publient des éditos vantant le « Better Crooks than Seperatists !», quand des Beryl Wasjman, pourtant acteur des Commandites justement, continuent à organiser des ralliements de mépris contre toute affirmation de la primauté du français au Québec, et quand finalement The Gazette accepte de publier un texte pour reprendre à son compte l’avis de Parizeau sur la Charte des valeurs Québécoises à condition de publier en encadré un rappel de la citation honteuse (c’est leur mot) de 1995, comment ne pas lui donner raison?

Mais on ne pardonnera jamais à Parizeau d’avoir prononcé ces paroles. On ne lui pardonnera jamais d’avoir élevé la voix à la face du conquérant. Car le Québec est une nation conquise, une nation frileuse qui s’est affaissée devant la perspective de la liberté n’est-ce pas? Une nation à qui le parlement qui la contrôle peut, arbitrairement, lui imposer une clarté démocratique indigne, même, des régimes totalitaires. La règle de base de tout régime démocratique, 50 % +1 ne s’appliquera pas au Québec. Nous ne vous y reprendrons plus! Et on laissera le multiculturalisme qu’on vous impose faire le reste.

Un calcul simple que Parizeau connaît très bien; la démographie déficitaire combinée à une immigration contrôlée par le pays maître. L’assimilation tranquille. À moins de rallier le vote « ethnique » à la cause souverainiste?

~ par delorimier sur 4 octobre 2013.

Une Réponse to “« À cause de quoi au fond… l’argent et le vote ethnique… » #polqc”

  1. Tres touche par votre temoignage, cependant une erreur d’analyse a la fin.
    Ce n’est pas le ‘job’ des immigrants de faire l’independance. Ils l’ont deja fait (ou leur parent) dansleur pays d’origine, sans attendre le deficit zero ou les conditions gagnantes.
    Ils l’ont fait pour la liberte, point.
    Si les quebeecois de ‘souche’ ne sont pas plus confiants que cela de l’importance de la souverainete, pourquoi les rejoindre ?
    C’est a la majorite francophone de susciter le respect en s’assumant et en montrant aux immigrants que le Quebec saura les defendre dans une QUebec souverain.
    Mais si le Quebec n’arrive meme pas a se faire respecter du Canada, comment suciter la confiante des nouveaux arrivants ?
    La charte est un des elements qui va permettre de gagner le respect.

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