Niqab (ou tout signe religieux) et services de garde subventionnés? Dérive à éviter.

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Quelques mots concernant le cliché qui fait la manchette depuis quelques jours au Québec, celui des éducatrices d’un service de garde de Verdun qui déambulent dans les rues vêtues de la niqab. Au moment où le Québec réfléchit au moyen de laïciser ses institutions, voilà qui aura déchaîné les passions des défenseurs de la laïcité d’une part, des ayatollahs des libertés individuelles infinies de l’autre.

Détail important cependant. Ce débat serait inopérant si ces éducatrices œuvraient au sein d’un service de garde complètement privé, sans aucuns subsides de l’état. Mais ce n’est pas le cas, comme l’a souligné la mère de l’un des enfants capté sur la photo à Dutrizac le 20 novembre. Comme il s’agit d’un service de garde subventionné par l’état, il est tout à fait normal de se questionner sur cette façon de faire.

Dans l’entrevue citée plus haut, la mère de l’enfant admet quelques pratiques étonnantes au sein de ce service de garde. Les éducatrices ne se voilent pas à l’intérieur des murs du service de garde en général mais doivent le faire quand un parent masculin s’y présente, aussi ces éducatrices n’ont-elles aucun contact avec ces hommes (poignées de main etc.).

Comportements des adultes et acquisition des connaissances chez l’enfant

À mon sens, l’une des problématiques principales qu’on doit soulever quant au port de la niqab (ou de tout autre signe religieux, sans égards à la religion pratiquée) en présence d’enfants d’âge préscolaire demeure l’effet que cela aura indéniablement chez l’enfant alors qu’il construit les paramètres de son développement cognitif; sur ce qui l’entoure mais aussi des modes opératoires qui se construisent dans l’interaction des gens entre eux. Or, personne ne me fera croire que l’abysse que s’impose (ou qui est imposé) une femme dans ses rapports humains avec 50% de la population en portant la niqab ne sera sans conséquences chez l’enfant à ce stade absolument essentiel de son développement cognitif. Personne. Ceux qui ont étudié le développement cognitif de l’enfant selon les théories de Piaget vous diront que ces modes d’acquisition ne sont pas irréversibles, mais qu’ils sont indiscutablement pris en compte par l’enfant alors qu’il construit les schèmes de rapport avec les autres, notamment par l’imitation.

Les capacités de discernement de l’enfant à ce stade sont assez limitées. Les défenseurs de cette pratique diront que ces éducatrices ne portent pas le niqab en certaines circonstances, cependant l’enfant fera plus facilement l’association entre rapports homme-femme en fonction d’une séquence qui sera toujours la même, l’éducatrice qui se voile complètement dès qu’elle doit être en contact avec un homme. Lui demander pourquoi, ou même lui expliquer (ce qui serait en tout point contradictoire avec la mission des services de garde) serait inutile.

Aussi, on doit revenir au fondement même de ce que représente l’éducatrice en service de garde, qu’elle soit formée au collégial ou non, toujours en fonction de son rôle dans un service de garde subventionné par l’état. Pour ce faire, revenons à la définition de son rôle selon le ministère de l’éducation et des institutions d’enseignement qui offrent cette formation.

« Outre la satisfaction des besoins de base, l’éducatrice ou l’éducateur à l’enfance doit satisfaire les besoins psychologiques et d’éducation de l’enfant. À cet effet, elle ou il doit établir une relation significative avec lui. Elle ou il doit maintenir un climat propice à l’évolution de l’enfant et du groupe par ses interventions en rapport avec les comportements individuels ou collectifs. »

Désolé, mais le port du niqab est en totale contradiction avec le rôle fondamental d’une éducatrice en service de garde quand on considère les modes opératoires que sa tenue comportent quant à ses comportements dans la collectivité, notamment tout ce que cela représente dans son rapport avec les hommes.

En fait, quand on lit sur les buts et objectifs du programme de services de garde, le rôle des éducateurs et éducatrices, les fonctions qui sont attendues de celles-ci, o peut facilement en conclure le port du niqab et les rapports d’exclusion que celui-ci implique sont en totale contradiction avec la fonction d’éducatrice en service de garde.

Ce cas est un exemple probant de la nécessité de légiférer pour s’assurer que tous les enfants qui fréquentent un service de garde subventionné au Québec ne soient pas soumis au prosélytisme inhérent à ce type de comportement, toutes religions confondues. Seule la laïcité complète de nos institutions, et de ceux qui y œuvrent, permettra d’éviter de telles dérives.

~ par delorimier sur 21 novembre 2013.

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