Le maire omnipotent… pour faire contrepoids aux souverainistes à Québec

DENIS-CODERRE-promesse-cjq
(du blogue montrealenfrancais.wordpress)

Depuis son élection à la mairie de Montréal, Denis Coderre n’a pas déçu ses « commanditaires ». Il est exactement le maire auquel on pouvait s’attendre. Et même plus. Il ne serait pas surprenant que Coderre tente bientôt de se substituer complètement au gouvernement provincial. Ça s’en vient. Il n’attendait que l’occasion de mettre le pied dans la porte; depuis, de sa démarche lourde et patibulaire, il prépare le terrain. Un « Québec Tour » payé à même les fonds publics, une contestation judiciaire du projet de loi 60 (projet de charte de la laïcité), aussi financé à même les fonds publics. Les Montréalais risquent de ne voir que très peu leur maire, ce prix de consolation le laissant plutôt indifférent. Son intérêt est ailleurs.

Laisser l’omnipotent maire se substituer à Québec?

Sous le couvert d’une grande rencontre de la ville de Montréal, moteur économique et social de la province, avec le Rest of Québec (ROQ), Coderre prépare une tournée annuelle de la province. Oui, tous les ans. Est-ce bien là son rôle? Pourquoi met-on en place la Fédération québécoise des municipalités? L’Union des municipalités du Québec ? Denis Coderre a déjà annoncé que la métropole fera dorénavant partie des deux associations. Ce n’est pas assez. Dans la plus pure tradition des Town Hall états-uniens, Coderre veut rencontrer les gens. Pour parler des enjeux du déneigement de Montréal à Rimouski? Pour tenir une soirée complète sur les échanges intracommerciaux entre Montréal et Rimouski?

Non. Ce n’est pas le genre de la maison. Avant d’être maire de Montréal, Denis Coderre est surtout un ardent fédéraliste canadien et ceux qui l’ont élu s’attendent de lui qu’il oppose un contrepoids au gouvernement provincial souverainiste. Il le sait et s’en réjouit. À défaut d’être premier ministre du Québec, il instrumentalisera le poste de maire de Montréal en opposition politique féroce (tant que le PQ y sera) et en alliances si un parti fédéraliste prend le pouvoir à Québec. Le peu de gens qui se sont donné la peine de voter pour lui à Montréal s’attendent à ça, et il ne les décevra pas. Il salive à l’idée d’en découdre avec ses ennemis de toujours. La mairie de Montréal est accessoire.

Doit-on rappeler que Coderre a été élu par 149 467 Montréalais, soit 2,49% des électeurs du Québec? Déjà que l’opposition à Montréal demande à Coderre de rencontrer les autres élus de sa propre ville avant d’aller faire son show! Le maire omnipotent n’a rien à cirer des doléances de l’opposition; ce qui compte pour lui, c’est défendre « sa ville », « ses employés », lire ici, bien entendu, défendre sa farouche opposition au gouvernement actuel, notamment en ce qui a trait au projet de loi 60.

Le fédéraliste tonitruant

Quand on a appris que Coderre posait sa candidature pour le poste de maire de Montréal, on savait que son rôle premier serait de s’opposer à la volonté légitime et démocratique du ROQ (et, oui, Coderre représente la volonté légitime et démocratique des Montréalais). Cependant, depuis son élection, il ne s’embarrasse nullement de l’opinion des Montréalais qui ne l’ont pas élu. En ce sens, il n’est certes pas le maire de tous les habitants de la métropole. Ses prises de position sur tout ce qui touche la politique provinciale ne traduisent que son inclinaison fédéraliste.

En ce qui concerne le projet de loi 60, le maire de Montréal ne se fait que le porte-parole des opposants et n’accorde aucune importance aux très nombreuses voix qui appuient le projet gouvernemental. En point de presse, de son air débonnaire, l’omnipotent maire se donne des allures de politicien de l’ère duplessiste par son paternalisme méprisant en parlant de « ses employés », alors qu’il sait très bien qu’une grande part de ceux-ci appuient le processus de laïcisation en cours. Selon la date des sondages publiés, 40 à 50% des répondants montréalais appuieraient un projet de charte de la laïcité. Mais pourquoi s’embarrasser de ça! Ici, Coderre n’est plus maire de Montréal, il parle plutôt comme le commis de ceux qui l’ont choisi comme contrepoids du gouvernement de Québec. C’est nauséabond et ça pue les commandites à plein nez. Cette grande proportion de Montréalais favorables à la laïcité reste sans voix; le maire censé les représenter participera à la commission parlementaire sur le projet de loi 60 comme s’ils n’existaient pas.

Mais Denis Coderre peut agir ainsi en toute impunité, bien appuyé en cela par l’élite médiatique fédéraliste montréalaise, qui ne va pas gêner ses démarches. D’ailleurs, si la première journée des audiences de la commission parlementaire sur le projet de loi 60 est indicative de ce qui s’en vient, on aura droit une part belle de la part de ces médias à tout ce qui attaque le projet de laïcité du gouvernement. Car, si parfois on a l’impression que tous ne saisissent pas l’importance de ce qui est en jeu dans ce dossier, les fédéralistes québécois, eux, hors de tout doute, ont très bien compris que l’adoption d’un cadre laïc pour le Québec pourrait bien être un des piliers soutenant l’argument de la spécificité du Québec sur ce long chemin qui mène à l’indépendance.

~ par delorimier sur 15 janvier 2014.

Une Réponse to “Le maire omnipotent… pour faire contrepoids aux souverainistes à Québec”

  1. […] le dernier Léger montre que 52% des Montréalais appuient le processus de laïcisation en cours. Comme je l’expliquais ici, Coderre n’est pas le maire de tous les Montréalais mais plutôt le représentant des élites […]

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :