Il y a 175 ans, le « Rapport Durham »; 175 ans de survivance

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Il y a 175 ans, le « Rapport Durham »; 175 ans de survivance

C’était le 31 janvier 1839 – À Londres, est publié le rapport du gouverneur John George Lambton Durham recommandant l’union du Haut et du Bas-Canada, avec l’anglais pour unique langue officielle. Les « Canayens », peuple conquis.

Extrait du Rapport Durham :

« On peut dire que c’est une mesure sévère pour un peuple conquis ; que les Français au début composaient la population entière du Bas-Canada et qu’ils en constituent encore la masse ; que les Anglais sont de nouveaux venus, n’ayant aucun droit de réclamer la disparition de la nationalité d’un peuple au milieu duquel les ont attirés leurs aptitudes commerciales. On peut dire encore que si les Français ne sont pas une race aussi civilisée, aussi énergique, aussi apte à s’enrichir que celle qui les environne, ils sont par ailleurs un peuple aimable, vertueux et satisfait, possédant tout l’essentiel du confort matériel. On peut ajouter qu’on ne doit pas les mépriser ou les maltraiter, parce qu’ils cherchent à jouir de ce qu’ils ont sans partager l’esprit de lucre qui anime leurs voisins. Après tout, leur nationalité est un héritage. On ne doit pas les punir trop sévèrement parce qu’ils ont rêvé de maintenir sur les rives lointaines du Saint-Laurent et de transmettre à leur postérité la langue, les usages et les institutions de cette grande nation qui pendant deux siècles donna le ton de la pensée au continent européen. Si les querelles des deux races sont irréconciliables, on peut rétorquer que la justice exige la soumission de la minorité à la suprématie des anciens et plus nombreux occupants de la province, et non que la minorité prétende forcer la majorité à prendre ses institutions et ses coutumes. »

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175 ans plus tard : un fédéralisme radical, une assimilation toujours espérée

Quand même ironique que le « Lieutenant » de Stephen Harper au Québec, Denis Lebel, y aille d’une charge méprisante envers le Québec la veille de ce 175e anniversaire, des mots qui faisaient écho, en quelque sorte à cette mise en garde faite par le plus fédéraliste de tous les politiciens au Québec, le triste Philippe Couillard :

« Nous ne sommes pas en Europe. Nous ne sommes pas des Européens déplacés. Nous sommes des Nord-Américains et nous fonctionnons dans un contexte nord-américain. Les sociétés nord-américaines, par nature, sont diverses. La nôtre devient également de plus en plus diversifiée. La diversité chez nous, ce n’est pas une menace. Nous ne sommes pas menacés au Québec. »

Lord Durham dans son rapport avait une appréciation plus juste du contexte précaire dans lequel une nation francophone en Amérique devait se développer. Philippe Couillard n’a certainement pas porté attention aux textes du démographe Marc Termote, dont « Perspectives démolinguistiques du Québec et de la région de Montréal, 2006-2056 », dont la dernière mise à jour, qui date de septembre 2011 montre bien l’absolue précarité de la langue française dans l’environnement socio-politique actuel.

Mais ça n’intéresse pas les fédéralistes radicaux comme Philippe Couillard, pas plus que ces « vieilles chicanes », Durham et le reste. L’assimilation de la « nation québécoise » (pour autant que ce concept veule dire quelque chose, mais le déni et le mépris manifesté par Couillard envers les Québécois montrent bien que cet homme ne croit pas en ce concept) au grand ensemble canadien est espéré, attendu, voulu et encouragé. Pour bien marquer le coup, nous savons tous que Couillard rêve de signer la Constitution de 1982, sans trop être chiche sur les conditions. Cette radicalisation du fédéralisme chez le parti libéral a d’ailleurs été dénoncée à plus d’une reprise.

La réalité, c’est que la Constitution de 1982 a fait du multiculturalisme le socle qui définit la société canadienne. Ce multiculturalisme canadien, qui prévalait déjà avant et qui est immuable depuis, uniformise le Canada tout en ethnicisant les groupes qui y participent d’une manière ou d’une autre. D’ailleurs, la ghettoïsation induite par les dérives inhérentes au multiculturalisme a maintes fois été dénoncée dans le Canada-Anglais. Pourquoi le Canada serait-il immunisé des échecs retentissants de politiques multiculturalistes semblables ailleurs dans certaines sociétés comparables à la nôtre?

Dans ce nouveau Canada, les Québécois ne sont plus qu’un groupe ethnique parmi d’autres. Et ce multiculturalisme d’État vient déstructurer les mécanismes d’intégration à la société québécoise. Le multiculturalisme vient sacraliser la logique de l’accommodement raisonnable et il entrave l’intégration des nouveaux arrivants à la majorité historique francophone.

Dans ce contexte, il ne faut pas se surprendre de la réaction de l’élite fédéraliste et « multiculturaliste » au Québec dans le dossier de la charte sur la laïcité. Ce qui se joue ici c’est la volonté assumée de la nation québécoise d’adopter la laïcité institutionnelle afin d’affirmer haut et fort que l’état ne sera pas un moyen de diffusion du prosélytisme religieux. Il s’agit d’un geste de rupture puissant, un désaveu équivoque du multiculturalisme « canadian », et ça, l’élite fédéraliste au Québec le sait très bien. Et elle combat cette volonté de laïcité institutionnelle avec toute la force de ses pages éditoriales; tant et si bien qu’il n’est plus possible d’ouvrir La Presse sans y trouver l’acharnement quotidien des Pratte, Dubuc, Gagnon et autres relayeurs de L’Idée Fédérale contre la laïcité en particulier, mais aussi l’hostilité manifeste de ces gens envers le Parti Québécois en général.

D’ailleurs, Foglia s’est amusé de cette hostilité
dans les pages de La Presse récemment en s’adressant à la Solidaire Françoise David : « je me demande seulement si c’est bien nécessaire de varger à ce point-là sur le PQ. Tu ne trouves pas que, là-dessus, les médias font déjà une super bonne job? »

C’est ce que je me dis aussi. Qu’à cela ne tienne, faut croire que les haut-cris de cette élite, leurs recours systématique aux épouvantails, à la peur, les Coup de la Brink’s à la sauce 2.0, tout ça ne semble plus avoir autant d’effet qu’avant. L’appui à la charte augmente de semaine en semaine, des voix s’élèvent dans les communautés ethniques pour faire contrepoids aux leaders anti-charte habituels, bref, l’idée de la laïcité institutionnelle fait son chemin et est imperméable aux tactiques habituelles de l’élite fédéraliste « multiculturaliste ».

175 ans plus tard, cette nation qui a surpris par sa résilience, par son esprit de survivance, continue son petit bonhomme de chemin vers l’autodétermination, vers l’indépendance. Et quoiqu’en dise les « multiculturalistes », la charte pourrait bien être un socle sur lequel on y pose la prochaine pierre…

~ par delorimier sur 1 février 2014.

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