Mirabel sera démoli. Ste-Scholastique blues et petites histoires d’expropriés…

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On parle beaucoup de Mirabel depuis quelques jours. La bêtise gouvernementale étant sans limites, cette infrastructure, qui devait être un joyau du XXe siècle, est devenu un encombrant éléphant, funeste témoin de l’incurie politicienne.

 Pis ça, c’est dérangeant.

 Solution facile et politicienne ? On démolit Mirabel. Fini. Kapout. Fin de l’histoire.

 Chaque fois que je passe sur la 50, vers la 15, chaque fois que je longe Mirabel, regardant les longs cargos volants de Purolator ou de Fed-Ex, les derniers usagers de l’aérogare, je pense aux expropriés de Ste-Scholastique et de toutes les autres municipalités qui ont été touchées par ce projet.

 On a déraciné des familles, de longues histoires d’attachement à la terre, au lieu, à l’appartenance. Des gens se sont battus avec l’énergie du désespoir pour garder leurs terres, de nombreux cultivateurs qui nourrissaient ces lieux et que la terre leur rendait bien.

 « On démolit Mirabel… »

 Qu’en pensent ses gens aujourd’hui ? Beaucoup sont encore vivants. Ils auront été témoins de leur exil forcé, du long fiasco et de la démolition des lieux, sinistres aveux d’échec. Ils auront été déracinés pour absolument rien. « Des vieillards crèvent dans des hospices, après des vies de sacrifices… » Chantait Tex Lecor dans Ste-Scholastique Blues

 Vivre l’expropriation de près

 Faut avoir vécu de près le processus d’expropriation pour comprendre à quel point cela peut démolir des vies. À beaucoup plus petite échelle, Ste-Angélique (Papineauville) a connu les affres de l’expropriation. Mes voisins au sud ont été expropriés pour la construction de l’autoroute 50. Certains se sont battus avec l’énergie du désespoir pour sauveur leur terre. Des chicanes pas possibles. Puis un jour, l’inévitable ; vous n’êtes plus propriétaires des lieux. Votre maison est vendue aux enchères et déplacée, sinon détruite. Et la terre… Et la terre.

 Des érables à sucre majestueux. Des terres bien entretenues, les chemins sont parfaits, le cap de roche qui se perd et échoue au bas de la Côte. Difficilement cultivables, ces terres ont été parfaites pour l’acériculture. Un dénivelé qui permet de cueillir l’eau par gravité.

 Puis un jour, les bulldozers, les pelles mécaniques, on n’arrête pas le progrès. Ça fait 40 ans que le parti libéral annonce la fin de la 50 dans l’Outaouais. Fallait bien que ça arrive un jour.

 Encore aujourd’hui, alors que l’autoroute 50 laisse filer environ 30 000 voitures par jour sur le tronçon Papineauville-Plaisance, les cicatrices demeurent pour ceux qui ont été évincés de chez eux. Avec mes filles, au pied de l’overpass qui enjambe la Côte, nous allons souvent marcher chez Renée.

 On n’y trouve plus qu’une vieille fondation de ciment qui cède place à la végétation envahissante, et les barbelés tout mêlés de l’ancienne clôture de l’enclos des moutons. Je raconte à mes filles que Renée prenait la laine et la transformait jusqu’au tissage. Elle tenait salon chez elle, où de nombreuses femmes de tous âges venaient filer et y apprendre la technique de nos aïeules en la matière. Cela m’a toujours fasciné. Et puis un jour, Renée a quitté. Elle venait parfois au début. Puis, elle n’est plus revenue. Son fils ainé, Martin, mon voisin au nord, a fini par vendre une fois sa mère partie. Lui, je ne l’ai plus jamais revu. Dommage, on s’entendait bien. Mes nouveaux voisins, je ne les connais guère…

 Au sud de chez Renée, il y avait Jean-Daniel. On le voit encore sur la Côte à l’occasion. Une partie de sa terre subsiste ; belle, majestueuse, toujours entretenue dirait-on, vestige de toutes ces années d’effort, les chemins qui restent sont encore très beaux. Je me souviens d’avoir vu son camion stationné à l’entrée de la piste des VTT, lui parti, à pieds, marcher encore sur ce qui reste de « sa terre ». On ne déracine pas facilement les gens. Là, ça fait un p’tit bout que je n’ai pas vu Jean-Daniel…

 C’est à ça que je pense quand j’entends les mots Mirabel et expropriations… À ces vies chambardées, brisées, à jamais, au nom du progrès… au nom du développement. Que restera-t-il de ce « prétendu progrès » à Mirabel ? Rien. Que les souvenirs de ces vies brisées. 

~ par delorimier sur 2 mai 2014.

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