Ici Radio-Canada: le grand démantèlement; le printemps noir des médias francophones au Canada…

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C’est un sale printemps pour les artisans de la Grande tour du boulevard René-Lévesque. Fin avril, Hubert T. Lacroix, PDG de Radio-Canada, annonçait une vague de coupures de postes, près de 700 au total, amputant ainsi encore plus la capacité du diffuseur public de produire du contenu de qualité, diversifié. Pensons à l’émission Culture physique de Robert Frosi qui permettait à l’auditeur de la Première chaîne de profiter d’un contenu sportif varié livré de façon intelligente, de reportages fouillés sur la Coupe du Monde de soccer selon l’angle sociétal, bref une niche peu occupée par les autres médias. J’avais eu le même genre de réflexion quand on a sacrifié Bande à Part l’an dernier. Il y a de moins en moins de musique alternative, émergente, sur les ondes.

Hier, notons l’ironie ici, c’est par un article de La Presse canadienne du bureau de Toronto, repris dans La Presse que l’on apprenait plus encore de compressions. Ironie? Certainement quand on considère que La Presse canadienne annonçait le même jour des coupes à ses bureaux de Montréal et Québec. Ajoutons cela à l’annonce fracassante des Desmarais qui comptent bien stopper la version papier de l’ensemble de leurs journaux régionaux et c’est un printemps noir pour l’ensemble de l’industrie média auquel est confronté le Québec, oui, mais la francophonie canadienne dans son ensemble…

L’éditorialiste du journal Le Droit (Gesca) Pierre Y. Allard expliquait avec verve dans son blogue personnel à quel point le quotidien de la région d’Ottawa-Gatineau était important pour la vitalité d’une minorité linguistique qui ne cesse de se battre pour continuer à exister…

« En 1913, Le Droit a été fondé par des Franco-Ontariens qui luttaient contre l’interdiction de leurs écoles par un gouvernement raciste à Toronto. Son lectorat est devenu graduellement plus québécois qu’ontarien, mais le journal continue à chevaucher les deux rives de l’Outaouais. Des milliers, des dizaines de milliers de personnes y ont travaillé ou ont contribué à le diffuser au cours de son premier siècle. Le Droit est enraciné même s’il est amoché par l’époque. Le labeur centenaire de ses artisans, et le public qu’ils ont desservi et continuent de desservir, méritent une reconnaissance et un attachement qui dépassent la froide lecture d’un bilan financier et l’interprétation de l’évolution technologique.« 

La « conversation nationale » de Hubert T. Lacroix

Comble du cynisme, cette  initiative annoncée par Hubert Lacroix, qui dit souhaiter la tenue d’une «conversation nationale» sur l’avenir de Radio-Canada et invite les Canadiens à faire part de leurs idées, de leurs opinions afin que le diffuseur public s’acquitte mieux de son mandat, etc.

Pure boulechitte.

On apprenait hier, un peu avant le match des Canadiens contre les Rangers, -chaque match des séries du Tricolore est une éclipse médias en quelque sorte; doit-on rappeler que Couillard a sorti le Rapport Ménard au moment exact où la rondelle était déposée lors d’un match crucial Montréal-Boston!-  que Radio-Canada perdait son service des relations avec l’auditoire alors que la CBC allait garder le sien. Le communiqué du syndicat dit tout.

« Au moment même où Hubert T. Lacroix, PDG de la Société Radio-Canada (SRC) invite la population à donner son opinion sur l’avenir du diffuseur public, il ferme le service des relations avec l’auditoire, qui était depuis longtemps un lieu d’échanges privilégié entre le public canadien et la Société. On se doit de souligner l’ironie d’un tel geste. Qui peut prendre cette consultation au sérieux? C’est de la poudre aux yeux. C’est un stratagème de relations publiques et non pas un dialogue avec la population. Le public avait déjà une façon de communiquer avec la SRC et c’était le service des relations avec l’auditoire.« 

Le 7 avril, les Québécois se sont couchés, ils ont consentis…

Pièce par pièce, les Conservateurs, avec la complicité des Libéraux à Québec, démantèleront la Société Radio-Canada, ce repaire de « séparatistes ». Comme les Québécois ont opté d’abandonner tout rapport de force avec Ottawa le 7 avril, rien n’empêche plus de vider la SRC de sa substance, de castrer sa verve créatrice à coup de coupures successives afin de s’assurer que ceux resteront seront serviles, obéissants et bien attachés au mandat de la SRC : promouvoir le multiculturalisme et l’identité canadienne en toutes circonstances. Dans cette optique, à quoi bon un service de relation avec l’auditoire en français! Ce Canada « post-menace-séparatiste » se fera in english only et le français n’y sera que le vestige d’une nation passée, une nation parmi d’autres, en cours d’assimilation.

~ par delorimier sur 23 mai 2014.

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