« Nous vaincrons! » c’est mal. « Just watch me! » c’est bien. La dépossession tranquille.

Le lendemain de la visite de l’UPAC (celle d’après les élections, c’est qu’il y en a eues pas mal de visites de la police à la permanence du PLQ…) au quartier général des libéraux, Philippe Couillard levait le poing, triomphalement, pour souligner une victoire du Canadiens. On ne lui reprochera jamais ce geste, peu importe les circonstances.

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Un souverainiste comme PKP, qui ose s’afficher en dépit de son parcours antérieur, qui transgresse le code du peuple conquis, celui qui lève le poing sans gène, tout à fait décomplexé… Voilà qui a agacé l’élite fédéraliste, et pas à peu près.

Que s’est-il passé.

Les fédéralistes ont été déstabilisés. La machine s’est mise en marche afin d’attaquer cet adversaire coriace, menaçant. 

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« Is THIS the man that who will break up Canada! »

Tout y est passé. Une inquisition en règle contre cet imposteur. Il fallait briser son aura de défenseur décomplexé de l’idée d’indépendance. On s’est attaqué, bien entendu, à son passé de magnat des médias. Comparaisons fallacieuses avec Berluscoli. Pourtant, les chroniqueux, éditorialistes et autres défenseurs de l’unité canadienne avait un comparable intéressant sous les yeux; la famille Desmarais. Que ceux-ci reçoivent Charest à leur domaine de sagard, on parle ici d’un PM en fonction même si Power Corporation fait affaire avec l’état, pas grave… on a mis en doute la légitimité qu’un souverainiste, potentiellement ministre, ait des intérêts trop grands dans un groupe de presse mais pas le fait que l’équipe éditoriale de Gesca au grand complet soit à la remorque du parti libéral, et ce, de façon tout à fait décomplexée… Non plus n’a-t-on lu de grands épanchements d’indignations du fait que le propriétaire de Cogeco, Louis Audet, garroche des dizaines de milliers de dollars au PLQ… pas grave… sont fédéralistes, c’est normal, voire même encouragé. Il a même fallu que le grand patron des pages éditoriales de Quebecor rappelle à ses détracteurs qu’il était, lui, un fédéraliste de droite. Allo la complaisance possible envers le PQ du groupe de presse de PKP! 

Être Québécois en notre époque, comme en d’autres moments de notre histoire où l’on a cru l’assimilation à portée de main, c’est aussi combattre la dépossession, notamment la dépossession du langage et des signes. On a reproché à Mario Beaulieu, le soir de sa victoire, d’avoir susurré du bout des lèvres un « Nous vaincrons » entendu dans la foule. Le verbe « vaincre » a été retiré du vocabulaire des Québécois il y a plus de 40 ans quand Montreuil a lu le Manifeste du FLQ. Gare à ceux qui l’emploieront dans le futer. Le poing en l’air a aussi été mis à l’index la même année quand on a déterré un grand de six pieds des décombres sombres d’un appartement de Montréal. Capturé, il a brandi le poing bien haut. 

En comparaison, si Couilard lançait un « Just watch me! » ou un « regardez moi bien aller! », lui en tiendrait-on rigueur? non. Et ce sans égards aux dérives policières bien fomentées par le gouvernement de Trudeau suite aux Mesures de Guerre. Emprisonnements arbitraires, harcèlement des indépendantistes, vol de données du PQ, saccage de leurs locaux, fausses cellules du FLQ constituées d’agents de la GRC afin de nuire au mouvement indépendantiste, etc. Les stigmates de ces dérives minent encore les souverainistes aujourd’hui mais rien n’empêche à un chef fédéraliste d’avoir recours aux travers passés du langage. C’est le luxe du vainqueur.

Couillard a bien pu faire usage du langage de la détestation et de la misogynie envers Pauline Marois et l’ensemble du mouvement souverainiste, il a bien pu se faire intimidant devant la presse qui a osé, juste un petit instant, trop questionner son passé éthique, pas de problème, Couillard est du côté des vainqueurs.

Comme on a dépossédé les québécois de leur repères identitaires dans le passé, de leurs repères historiques (les plus jeunes) depuis quelques générations en les privant de tout enseignement de leurs fondements historiques, il ne faut pas se surprendre qu’on les dépossède aussi du langage et des signes, qu’on impose aux politiciens souverainistes des balises strictes qui visent à les priver de toute manifestation décomplexée, par le langage ou par les signes, de leurs convictions. Vingt ans après 1995, qui osera contester que le référendum s’est joué en fin de compte sur… l’argent et le vote (anglo) ethnique? Mais gare à celui qui, ostentatoirement, oserait le dire…

De cette façon, on assiste présentement à la construction d’un logos éminemment négatif autour de tout ce qui touche le nouveau chef du Bloc Québécois Mario Beaulieu. Les médias fédéralistes procèdent de la même façon que dans les cas de PKP, Bernard Drainville ou de Daniel Breton, chacun ayant menacé les intérêts de l’élite fédéraliste de quelque manière que ce soit.

Ceci dit, on ne doit pas occulter les faux pas manifestes du nouveau chef bloquiste, un néophyte en politique de ce niveau. Saura-t-il tempérer ses ardeurs en tant que chef et prendre en compte les 47% de membres qui ne l’ont pas appuyé? La suite des choses au Bloc dépendra beaucoup de ça.

Mais dans les faits, le Bloc compte 4 députés sur 308. Un peu comme Québec Solidaire, on est ici dans la marginalité parlementaire. Et quand des voix se sont élevées au sein de la formation des Khadir et David pour critiquer, contester la position de QS de défendre à outrance le multiculturalisme au plus fort du débat sur la laïcité, a-t-on planté un micro radio-canadien sous le nez de chaque dissident afin d’attiser la dissension? Non. C’eut été un coup de main aux tenants de la charte et du coup, un appui aux souverainistes. Radio-Canada et ses frères médias fédéralistes savent très bien instrumentaliser la marginalité politique afin d’appuyer, en toute circonstance, la défense des intérêts supérieurs du Canada. 

~ par delorimier sur 16 juin 2014.

2 Réponses to “« Nous vaincrons! » c’est mal. « Just watch me! » c’est bien. La dépossession tranquille.”

  1. Vous avez entièrement raison .Cependant, la question qui me vient à l’esprit est : Pourquoi les Québécois(ses) se censureraient-t-ils eux mêmes, en suivant des consignes ou appelons cela « des prérogatives », et donneraient-ils « force de loi » à des « signes distinctifs » ou des paroles qui émanent des personnes elles-mêmes ? Mais QUI ? VOUS ou MOI peut-il vous contraindre à vous « distinguer des autres » de telles ou telles manières, si ce n’est que VOUS-MÊMES ?

    À ce compte – là , c’est de « l’auto-sabotage » purement et simplement .Si les Québécois(ses) sont les PREMIERS AUTO-CRITIQUES DE LA liste pro « toto » colaire = des mots à soustraire parce que trop ci ou trop ça… ou des « gestes qui pourraient laisser entendre trop ceci ou trop cela…

    Je le dis, sans le moindre d’un détour, à tous les Québécois(ses) RESTEZ CHEZ-VOUS et n’en sortez plus , car VOUS vous enfoncez , VOUS vous emmurez et vous vous cloisonnez « VOUS-MÊMES » dans VOTRE
    propre « turpitude et votre cupidité ». Et à qui cela fait le PLUS PLAISIR D’APRÈS VOUS ?? Ils sont « déjà morts de rire » les « Couillons de ce monde » et les « fédérastes » juste à vous voir vous démolir vous-mêmes.

  2. A reblogué ceci sur mtilly2346.

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