Rwanda, 1994-2014… Hommage à un militaire canadien qui n’aura pas survécu 20 ans…

Extrait des « Débats du Sénat (hansard), 2e Session, 40e Législature, le jeudi 5 novembre 2009 ». L’Honorable Roméo Antonius Dallaire.

Dallaire

Vingt ans se sont écoulés depuis l’indicible génocide du Rwanda. Trop peu de temps pour qu’on puisse vraiment encore saisir toute la portée historique, ou géopolitique de ces funestes événements, mais assez pour que les stigmates de cet horreur sur les populations affectées soient bien visibles…

Pour la population du Canada, le génocide rwandais sera pour toujours associé au calvaire vécu par le général Roméo Dallaire et son équipe là-bas mais aussi à la démystification du syndrome post-traumatique. Militaires et civils (aide humanitaire, journalistes, etc) qui sont aux premières lignes de tous les enfers de la terre, conflits armés, catastrophes naturelles, épidémies, famines et j’en passe, tous ces gens s’exposent à des séquelles physiques, bien sûr, mais aussi psychologiques, au premier chef les effets dévastateurs causés par le syndrome post traumatique.

Professionnellement, j’ai eu la chance de côtoyer beaucoup de militaires et de civils qui ont travaillé pour le ministère de la défense nationale ou d’autres ministères à vocation internationale qui sont en appui aux opérations internationales du gouvernement canadien ou des forces canadiennes. Parmi les militaires avec qui j’ai eu la chance de collaborer, il y a le major Luc Racine du Centre de formation des FC pour le soutien de la paix (Kingston), un membre du Royal 22e Régiment. Oui, le même Luc Racine qui fut aide de camp de Roméo Dallaire pendant l’atroce génocide du Rwanda.

D’abord, le major Racine m’a beaucoup appris sur ce qu’était le concept de « maintien de la paix » dans le cadre d’opérations multinationales. Suite au traumatisme rwandais, ce militaire qui souffrait de graves symptômes du syndrome post-traumatique, a continué à servir lors de différentes opérations en sol africain; comme si son destin allait être intimement lié à ce continent.

Dès 1999, le Maj Racine participait à la fondation d’un centre d’instruction militaire en Côte d’Ivoire destiné à renforcer les capacités africaines de maintien de la paix (le Centre d’instruction Zambakro, fruit d’une entente, principalement entre la France et la Côte d’Ivoire). En 2006, suite aux ententes de Koulikoro (ville malienne), c’est désormais une école de plus grande envergure que l’on mettrait sur pied, l’École de maintien de la Paix (EMP) de Bamako au Mali. Dorénavant, l’EMP de Bamako serait un centre d’instruction militaire moderne auquel contribueront plusieurs pays, dont le Canada. Le Maj Luc Racine sera instructeur à l’EMP de Bamako, jusqu’à son décès, le 9 septembre 2008, à 48 ans.

Je me souviens encore de ce matin du 9 septembre 2008. Un collègue de travail, sachant que j’avais beaucoup écrit sur différentes opérations africaines des forces canadiennes, m’envoie une courte dépêche provenant des fils de presse. « Un militaire canadien, mort à Bamako, au Mali, dans des circonstances non-liées au opérations… » Dans le jargon militaire, on parle généralement de suicide. Luc Racine venait de se suicider.

J’ai eu la chance de discuter avec lui de sa traumatisante expérience au Rwanda, même un peu du syndrome post-traumatique. J’ai le souvenir d’un homme au ton calme, posé, passionné de l’Afrique. J’ai été très touché par la nouvelle, mais pas vraiment surpris. Quiconque côtoie des victimes du syndrome post-traumatique est en mesure de saisir à quel point ce mal est insidieux, dévastateur et souvent, fatal.

En l’honneur du Major Luc Racine, de l’influence qu’il avait eu sur moi, professionnellement (et personnellement aussi), j’avais soumis ce texte au concours littéraire Le Nord.

Taoudenni

Quelques textes ont été écrits afin de souligner les 20 ans du génocide rwandais, de la traumatisante expérience que cela fut (et est encore) pour la population de ce pays et ceux qui s’y trouvaient à ce moment-là. Je souligne ce texte (en anglais) de Sue Montgomery (oui l’instigatrice de #beenrapedneverreported), l’excellente journaliste du Montreal Gazette.

Il est important de ne jamais oublier le sacrifice que font ceux qui bravent maints dangers afin de se rendre dans tous les enfers de la terre, tantôt pour aider, sinon pour rapporter ce qui s’y passe. Quant au travail des militaires, je dirai ceci; on peut être en désaccord avec la politique d’un gouvernement par rapport aux opérations dans lesquelles il implique les forces armées, cependant, on doit éviter, à mon humble avis, de critiquer le travail des militaires eux-mêmes. Ceux-ci obéissent aux directives qui leurs sont données, parfois, au péril de leur vie, ou de leur santé physique et mentale.

En ce sens, chaque année, lors du jour du souvenir, j’ai une pensée pour des gens comme Luc Racine, ou, plus près de moi, un membre de ma famille qui a connu l’enfer des conflits dans les Balkans à une époque où l’on ne parlait pas de ces choses-là. À une époque où être victime du syndrome post-traumatique se vivait dans le silence troublant de séquelles qui étaient impossibles à contenir.

Notre devoir de mémoire n’est pas incompatible avec des convictions qui nous font nous battre contre les politiques militaristes de certains gouvernements… Loin de là…

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Ici, reproduction (en français et en anglais) d’un texte publié le 17 septembre 2007, fruit de discussions avec le major Luc Racine. On y trouve les dernières images qu’il m’avait envoyées de Bamako au Mali.

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Ici, ma chronique de cette semaine au Voies du retour à la radio de Radio-Canada, Ottawa-Gatineau où je rend hommage à Luc Racine.

Ici, un article dans le journal Voir de Mélissa Proulx sur un bédéiste de l’Outaouais qui a canalisé son expérience traumatisante (et ses séquelles psychologiques, lui, atteint aussi du syndrome post-traumatique) en création littéraire…

Ici un documentaire de l’ONF fait par l’homme de théâtre Claude Guilmain, Entre les lignes, hommage aux combattants canadien-français de la Première Guerre mondiale où l’on découvre la plume sublime de Claudius Corneloup.

~ par delorimier sur 12 novembre 2014.

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