PKP en tête! Prudence avec les sondages, en toutes circonstances!

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À ceux qui disent que les sondages sont bidons sauf quand ils font leur affaire, je répondrai ceci : les sondages sont, trop souvent, de vils exercices de relations publiques complaisants des intérêts de ceux qui les commandent, qui les publient.

Pas tous bien sûr, mais il est plus que temps que les grands sondeurs du Québec, à l’instar de l’exercice entrepris au Canada anglais, acceptent de revoir complètement leurs façons de faire. Depuis 2009 les sondeurs canadiens, au gré des élections provinciale et fédérale, ont admis les ratés de leurs enquêtes, les problèmes à la base de ces ratés et entrepris des analyses en profondeur pour corriger le tout.

Je pense ici notamment aux nombreux textes de Frank Graves, fondateur et PDG de EKOS politics qui s’est basé, entre autre, sur l’élection provinciale en Colombie-Britannique en 2013 où les sondeurs s’étaient solidement plantés, afin de lancer une vaste réflexion méthodologique et factuelle. « An Unapologetic Analysis of the BC Polling Debacle ».

Lors de la plus récente élection provinciale en Alberta, EKOS politics a été salué pour son travail rigoureux d’enquête d’opinion et fut le premier, deux semaines avant l’élection, à prévoir un renversement que d’aucuns croyaient possible, un Chinook orange et la fin du règne de 12 mandats majoritaires consécutifs des Progressistes-Conservateurs.

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Ce qui cloche avec les sondages au Québec?

  1. D’abord la méthodologie. On ne sonde pratiquement jamais de façon conventionnelle, c’est à dire par échantillon aléatoire avec marge d’erreur scientifique. Cela fausse inévitablement les données. Loïc Tassé s’en était inquiété dans le Journal de Montréal d’ailleurs. En privilégiant des panels web qui occulte de larges pans de l’électorat, on crée des tendances qui n’existent pas.
  2. Les sondeurs du ROC produisent des enquêtes basées sur des panels web à très petits échantillons, scientifiquement non-valables, le plus souvent à très faible représentation régionale. Encore, cela produit des distorsions à partir desquelles cependant quelques analystes tenteront de faire du réel, sinon de l’infléchir en fonctions de leur intérêt/inclinaison politique.
  3. La problématique de la trop grande proximité de certaines firmes de sondages avec ceux qui les publient. On pense évidemment ici à CROP/SOM et l’empire PowerCorp et le groupe d’intérêt près des Desmarais dont on sait qu’ils aiment bien avoir mot à dire en politique québécoise. Assez du moins pour ajouter un impératif idéologique à la convention collective de l’empire média qu’ils contrôlent. Tout pour la cause.

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À cet effet, j’attire l’attention de ceux qui liront ce blogue sur les recherches détaillées de Claude Caron concernant les sondages pré-campagne et tout ceux faits lors de la campagne électorale de 2003 au Québec. Il s’agit d’un travail de moine, documenté, sérieux, qui vaut la peine d’être étudié. Je reproduis ici deux graphiques qui analysent des tendances, notamment en ce qui concerne les firmes CROP et SOM.

Fraude sondage 2003

Fraude sondage 2003 -2

L’analyse de Claude Caron est intéressante :

« Plus concrètement, les graphiques montrent, à partir de février 2002, les courbes des sondeurs CROP et SOM avec des intentions de vote nettement supérieures ou inférieures à celles de Léger, et ces dernières apparaissent décalées vers l’avant par rapport aux premières et possèdent des piques et creux moins extrêmes. Ici, Léger représente le vote réel des électeurs qui ont été guidés et amenés à changer leur vote par une toute nouvelle et abondante information politique créée qui s’est adaptée relativement vite et au fur et à mesure de la sortie des résultats des faux sondages CROP et SOM. Les faux sondages ont exercé rapidement, en aussi peu que deux jours dans certains cas, de fortes pressions sur l’opinion des électeurs, et cela par l’entremise des journalistes, analystes et autres experts en politique; ceux-ci s’adressant à de larges auditoires, notamment à travers les médias, avec de toutes nouvelles données et argumentations. Tous se sont adaptés aux sondages CROP et SOM, guidant et entraînant l’électorat sans le savoir dans un nouveau choix de gouvernement et de son programme électoral. L’on voit ici que les faux sondages ont provoqué des changements exactement comme tout évènement important le fait. Ils ont engendré de très importants changements dans l’information au lieu de prendre le pouls des changements de l’opinion de l’électorat. D’où le décalage vers l’avant, comme en retard, des courbes Léger. Outre le décalage révélateur de ses courbes, les piques et creux moins extrêmes de celles-ci indiquent que ce ne sont pas tous les électeurs qui ont changé leur vote, et c’est normal, après l’écoute de l’abondante nouvelle information et, dans une certaine mesure, à la vue de l’évolution importante de l’appui de l’électorat pour les différents partis politiques. »

Ce qui m’intéresse le plus personnellement, c’est la variation incongrue que souligne le chercheur et qui est, au minimum, très étrange. J’ai soumis l’ensemble des données empiriques sur ces sondages à l’équipe de Frank Graves afin de savoir ce que ces experts en la matière en pensent. La manipulation de l’opinion publique par sondage est d’ailleurs l’une des carences évoquées non seulement par Graves mais d’autres aussi au Canada anglais, dont Nik Nanos.

Au final, je demeure très sceptique à la lecture de tout sondage et m’assure toujours de voir si la méthodologie complète est disponible. « Un sondeur qui refuse de publier sa méthodologie complète est non seulement peu crédible, il participe aux problèmes de crédibilité de l’industrie » selon Graves. Dans le cas des enquêtes de CROP, on ne trouve presque jamais de méthodologie détaillée. En conséquence, pour moi, cette firme n’est rien d’autre qu’un instrument de propagande à la solde de celui qui publie ces enquêtes.

Dans le cas du plus récent sondage sur les intentions de vote au fédéral fait par Nanos, on pouvait être étonné de trouver le Bloc Québécois à 14% alors que la tendance les place systématiquement à plus de 20% partout ailleurs et depuis des mois. Comme Nanos publie sa méthodologie détaillée, on constate que cette distorsion provient d’un échantillon très faible au Québec (248 feuillets/personnes) qui est statistiquement invalide.

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Bref, prudence avec tous les sondages, attention marquée à la méthodologie, aux liens de la firme qui sonde avec celui qui publie et à la marge d’erreur effective. Tout est là.

~ par delorimier sur 19 mai 2015.

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