De l’importance de se donner des mécanismes d’imputabilité envers les élus. Le cas de la Colombie-Britannique.

•22 mars 2015 • Laisser un commentaire

Il y a près de 25 ans (en 1991), les britano-colombiens avaient été appelés à se prononcer sur le « British Columbia recall and initiative referendum », qui voulait instituer dans la province un mécanisme de destitution et de référendum d’initiative populaire. C’est à plus de 80% que les citoyens ont dit « OUI » aux deux propositions qui se lisaient comme suit :

A: Should the voters be given the right, by legislation, to vote between elections for the removal of their member of the Legislative Assembly?

B: Should the voters be given the right, by legislation, to propose questions that the Government of British Columbia must submit to voters by referendum?

Destitution d’un élu et référendum d’initiative populaire à la manière que cette proposition fut avancée par Bernard Drainville jadis au PQ (et malheureusement abandonnée).

Le 24 février 1995, le PM de la C-B Mike Harcourt a déposé et fait adopter le projet de loi « Recall and Initiative Act ».

La question du référendum populaire en Colombie-Britannique faisait déjà consensus et depuis 187, cette province a recouru à 15 reprises à différentes formes de référendums populaires. Le dernier, en 2011 : « British Columbia sales tax referendum ».

Depuis 1995, la procédure de destitution n’a jamais été utilisée mais n’a pas été inopérante pour autant. Le cas du politicien libéral provincial de la C-B Paul Reitsma est intéressant.

En 1996, ce dernier avait défait le néodémocrate sortant dans le comté de Parksville-Qualicum. En 1998 cependant, le député Reitsma a été impliqué dans un scandale de lettres d’opinion au journal local que le député signait sous de faux-noms afin d’attaquer ses adversaires politiques. Honteux et forcé d’admettre le subterfuge, une procédure de destitution a été entreprise contre lui. Comme l’issue de cette procédure ne laissait aucun doute, Reitsma serait défait, le député a démissionné avant l’opprobre d’être le premier député à être destitué sous la nouvelle loi.

Le cas du Québec

Depuis 2003, le Québec se voit dirigé par des politiciens libéraux soupçonnés de collusion, de corruption (du moins d’en profiter) et d’abus de pouvoir de toutes sortes. Lors de la dernière élection en 2014, combien de citoyens de toutes appartenances politique ont été dégoûtés de réactions comme celles-ci de militants libéraux, arrogants et défiants suite à la victoire de Philippe Couillard?

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Je l’ai écrit à maintes reprises, le gouvernement Couillard est illégitime en ce qu’il impose aux Québécois un programme politique qu’il avait savamment planifié mais sans JAMAIS le présenter en campagne électorale. Pire, il a menti aux Québécois en le cachant.

À l’aube du printemps 2015 que beaucoup souhaitent aussi agité que le Printemps Érable de 2012, il me semble que ce qui manque le plus au Québec c’est une législation du même type que la procédure de destitution en Colombie-Britannique. En se donnant une procédure de destitution, les Québécois forceraient les politiciens à jouer franc-jeu pendant la campagne électorale, à défaut de quoi les citoyens auraient, au moins, la possibilité de se mobiliser dans le but de se débarrasser des politiciens comme ceux qui nous gouvernent présentement et qui ont abusé de la confiance du très petit 27,7% de ceux qui les ont porté au pouvoir.

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15 février : « Vive la liberté, vive l’indépendance… »

•15 février 2015 • Laisser un commentaire

Drôle de coïncidence? Le 50e anniversaire de l’unifolié canadien 174 ans après la pendaison des Patriotes, le 15 février 1839…

1760, 1837-1838, 15 février 1839, 1841, 1917, 1944 (les crises de la Conscription), 1970, 1982, 1995, 2006, 2012, 2014… aujourd’hui…

Pourquoi je suis résolument indépendantiste? Car un fil conducteur traverse le recensement très sommaire des dates ici nommées, le cheminement distinct de deux nations qui n’ont jamais fait « une ». jamais.

Le Québec (nom contemporain) est une nation de résistants, de bourrus rompus à la survivance, de gens brillants qui ont nommé le monde, qui ont « rapaillé » une langue qui nous est propre, qui « sent le cambouis », mais qui est lue, et connue de par le monde. Une nation qui a trop souvent courbé l’échine, c’est vrai, mais qui a résisté à l’épreuve du temps quand l’occupant Wolfe prévoyait « une assimilation rapide, facile, typique des nations dociles ».

Je compte d’innombrables amis dans la nation voisine, je ne leur souhaite que du bien. Cela n’altère en rien la conviction profonde, intrinsèque, que je doive tout faire pour contribuer à l’aboutissement logique du long parcours de la mienne, l’indépendance. Car aujourd’hui, plus que jamais, les mots de Chevalier De Lorimier résonnent. « Liberté, indépendance ». Indépendance ou assimilation…

Le 15 février, chaque année, je cite Pierre Falardeau, je me replonge dans son œuvre riche, essentielle, foisonnante. Aujourd’hui, ceci cité par Falardeau d’un ancien député libéral fédéral et maintenant Lieutenant-Général du Manitoba. Des paroles abjectes mais lourdes de sens au moment où nous sommes dirigés par un Premier ministre qui cherche en toute occasion à ratatiner le Québec.

« Le cinéma québécois n’existe pas. Il n’y a que le cinéma canadien. La culture québécoise n’existe pas non plus et désormais, pour le bien du pays, il faudrait procéder à un nettoyage de notre vocabulaire [on est à la limite de l’ethnocide]. Ces termes impropres sont une véritable maladie. »

John Harvard, ancien député libéral fédéral de Winnipeg-St.James et Lt-Gén du Manitoba.

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Philippe Couillard est de cette tradition de libéraux que le mot « nation » afin de définir le Québec indispose singulièrement. On se souvient du débat que la motion (inopérante et vide) de Stephen Harper pour reconnaître le Québec comme nation en 2006 avait suscité chez les libéraux (15% du caucus libéral a voté contre la motion). La motion ne voulait absolument rien dire et le Globe and Mail. L’un des seuls dans le ROC à ne pas la condamner vertement, s’en est réjoui :

« Seul le Globe and Mail était prêt à reconnaître que le contexte avait forcé M. Harper à agir comme il l’a fait. «En toute autre circonstance, évoquer le mot « nation » aurait été une idée terrible», écrit le quotidien torontois. «Mais M. Harper a atténué les dommages en retirant la plupart du mordant à ce mot.»

À l’époque, à peine 37% des gens sondés dans le ROC se disaient prêts à reconnaître le Québec comme nation. Rien n’a changé aujourd’hui alors que 75% des Canadiens disent être exaspérés par le débat sur l’unité canadienne et 45% pensent que le Canada se tirerait mieux d’affaire sans le Québec (38% pensent le contraire).

De 1760 à aujourd’hui, tout éloigne ces deux nations. La gouvernance actuelle du Québec, illégitime on doit le rappeler à chaque occasion, se propose de déconstruire complètement le modèle québécois pour contraindre, une fois pour toute, le Québec d’être dépendant de façon pérenne du grand ensemble canadien. Le Québec, une province comme les autres.

174 ans après la pendaison des Patriotes, demeure en ce territoire des gens prêts à lever le poing, à débattre, à s’engager de façon résolue, totale, dans la cause de l’indépendance.

Rien n’est terminé, rien n’est acquis non plus. Comme mes aïeux avant moi, je m’engage à continuer la lutte, pacifiquement, résolument.

Vive la liberté, vive l’indépendance.

« Lutte contre la terreur » – manichéisme électoral payant pour les Conservateurs…

•9 février 2015 • Laisser un commentaire

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Il semble bien que Stephen Harper ait remporté la première manche de la bataille pré-électorale. Dès les premières heures qui ont suivies le funeste attentat de St-Jean-sur-le-Richelieu, on se souviendra que Harper s’est assuré de se faire poser une question plantée à la Chambre des Communes (question dont il connait la teneur car elle vient de lui et qui lui est posée par un de ses propre députés) afin de déjà annoncer la teneur de sa réplique…

Est survenu Zehaf-Bibeau et Charlie-Hebdo (en plus de l’Australie, etc.) et la table était mise pour que « la lutte à la terreur » devienne un « wedge issue » (un sujet divisif) pour la prochaine campagne électorale. Trudeau s’est fait rouler dans la farine comme un jeune blanc-bec et Mulcair, qui essaie de se défaire de son image du « angry Tom » (brillamment imposée par les Conservateurs en passant), a dû ménager ses attaques devant l’appui manifeste des Canadiens et des Québécois à cette « lutte contre la terreur » qui se fait pourtant au prix fort de l’abandon de certaines de nos libertés civiles…

Pourtant, un paradoxe intéressant est tu. D’une part, cette « lutte à la terreur » présuppose que le danger est sans cesse croissant ici même au Canada. Harper a d’ailleurs commis une bourde embarrassante quand il a nommé dans un discours la « mosquée » comme un endroit de radicalisation, ce qui a dû faire rager le PM du Québec en passant… Pourtant, le gouvernement de Couillard s’évertue à hurler sur tous les toits que cette menace n’existe pas, le PM lui-même allant jusqu’à prêcher que « l’intégrisme est un choix personnel (implicitement légitime) tant qu’il ne brise pas les lois ». Les discours des PM du Canada et du Québec se trouvant en solide contradiction.

Aussi, cette dérive sécuritaire se fait à un moment où les données sur la criminalité au Canada (et au Québec) montrent que la criminalité baisse constamment depuis vingt ans. Les plus récentes enquêtes de 2014 montrent que : « Le taux de crimes rapportés à la police a reculé de 3 % au pays l’an dernier, une tendance observée depuis plus de 20 ans, note Statistique Canada. » (Radio-Canada Info).

Le portrait national de Statistiques Canada sur la criminalité est encore plus probant et montre une baisse constante de la criminalité en général, mais aussi des crimes violents et contre les biens. Force est d’admettre que la dérive sécuritaire que les Conservateurs veulent imposer aux Canadiens et aux Québécois s’appuie sur une stratégie efficacement mise en scène en fonctions d’évènements tragiques, oui, mais empiriquement et scientifiquement fausse du point de vue de la situation de la criminalité.

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Frank Graves, PDG de EKOS, analyse sévèrement la récupération faite par les Conservateurs des récents évènements tragiques :

« Frankly the government is benefiting from horrible events, but propitious politically for them, Mr. Graves said. They continue to sustain this concern with fear and security, which is definitely evident in the public. »

Ceux qui s’opposent à cette nouvelle ronde précipitée de mesures législatives au nom de la « lutte contre la terreur » ont tôt fait de pointer vers les lois déjà existantes qui permettent de s’attaquer à ce phénomène de radicalisation de certains individus ou groupes au nom de doctrines (religieuses ou autres). Mais l’occasion était trop belle pour s’embêter de ce qui existait déjà. Ce transfert de la lorgnette de l’attention publique de la mauvaise situation économique induite par une stratégie uniquement axée sur le pétrole vers le dossier de la « sécurité » est une véritable bouée de sauvetage pour Harper et gageons qu’il mettra le paquet afin que toute l’attention demeure sur cet enjeu.

Déjà que les Conservateurs semblent avoir réussi à s’assurer que le Vérificateur général ne dépose pas son très attendu rapport (que l’on sait embarrassant pour les Conservateurs) sur les dépenses injustifiées au Sénat avant la campagne électorale…

Plus que jamais, il faut légiférer sur la laïcité

•20 janvier 2015 • Laisser un commentaire

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Il y a un presque jour pour jour, Philippe Couillard chassait la seule député musulmane de l’Assemblée nationale pour plaire à l’aile multiculturaliste radicale de son parti. On se souvient de la controverse, Marc Tanguay, ex président du PLQ et candidat libéral et bon exemple de cette aile radicale avouait candidement qu’une femme portant le tchador pourrait être candidate au PLQ. Grincements de dents au sein du parti, nombreux sont ceux qui auraient voulu désavouer Tanguay.

Fatima Houda-Pépin, qui mieux que personne connaît la force des symboles au sein de SA religion, ne pouvait laisser passer pareille ineptie. Cette dame combat l’intégrisme religieux depuis toujours; cette dame s’est vigoureusement opposée aux pressions des intégristes comme Elmenyawi en 2004 quand ceux-ci faisaient pression auprès du ministre libéral de la justice d’alors, Jacques Dupuis, afin qu’il permette l’institution de tribunaux islamiques au Québec pendant que le même débat faisait rage en Ontario. Dupuis n’a pas cédé aux pressions de cet allié électoral mais les intégristes ont la mémoire longue et se sont promis d’avoir la peau (au sens figuré bien sûr) de FH Pépin.

Que ce soit l’orthodoxie juive, le fondamentalisme chrétien (très présent dans notre région), l’intégrisme islamique ou toute autre dérive religieuse qui se fonde sur le prosélytisme militant, il est du devoir de nos élus de s’assurer que ce prosélytisme religieux ne se fasse jamais au sein de nos institutions. Rien ne peut justifier que des enfants québécois soient contraints à un enseignement scolaire doctrinaire basé sur des préceptes religieux, rien. Les gouvernements libéraux et péquistes ont été laxistes sur cette question et il est plus que temps que cela cesse.

L’ennui demeure que le Québec, province canadienne, est soumis au « dogme » du « canadian multulturism act » qui place la liberté religieuse au rang des droits inaliénables. En ce sens, la volonté du dernier gouvernement de rompre avec la politique du multiculturalisme par le choix de la laïcité institutionnelle était un puissant symbole de rupture avec le Canada trudeauien de 1982. Cependant, et nous l’avons vu au cours du débat sur la laïcité au Québec, les fédéralistes comprennent très bien la nature profonde de ce geste de rupture et c’est de toutes leurs forces qu’ils combattront toute velléité de laïcité au Québec qui mette en péril l’essence même du « canadian multiculturism act » de Trudeau. En ça ils auront l’appui indéfectible de tous les prosélytes et intégristes religieux, toutes religions confondues. Comme ailleurs, il y aura aussi cette gauche multiculturaliste qui combattra elle aussi la laïcité en adoptant les arguments de « l’islamophobie » et en réduisant autant que possible toute critique de l’intégrisme religieux au rang de la xénophobie et du racisme. On connaît.

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Pour autant que les journalistes fouillent un peu, ils trouveront nombre de situations aberrantes au Québec d’enfants sous le joug des intégristes religieux. Nous l’avons vu quand le gouvernement Couillard a accepté que des parents unilingues anglophones de la communauté juive hassidique dont les écoles sont en constante contravention de nos lois d’instruction publique enseignent le français à ces enfants afin de sauver la face et simuler un semblant de conformité à nos lois. Chaque fois nos gouvernements successifs ont fermé les yeux afin d’éviter la confrontation et pour ne pas avoir à légiférer dans le dossier épineux de la laïcité en général.

Assez. Le projet de loi 60 du ministre Drainville était certes imparfait –comment pouvait-il en être autrement au sein d’un gouvernement minoritaire- mais il aura servi de grande répétition. Nous connaissons dorénavant la composition de chaque camp. Il faudra aussi que les tenants de la laïcité apprennent de leurs erreurs. Le projet de loi 60 était truffé d’omissions (subventions aux communautés et aux écoles religieuses par exemple) et se voulait trop restrictif à bien des égards. Cela devra être corrigé. Il faudra aussi que que ceux qui tiennent mordicus à la laïcité expliquent de façon claire, concise, comment la laïcité est un geste de rupture par rapport au multiculturalisme sans pour autant être un geste de repli sur soi, mensonge sur lequel s’appuient les adversaires de la laïcité.

Rwanda, 1994-2014… Hommage à un militaire canadien qui n’aura pas survécu 20 ans…

•12 novembre 2014 • Laisser un commentaire

Extrait des « Débats du Sénat (hansard), 2e Session, 40e Législature, le jeudi 5 novembre 2009 ». L’Honorable Roméo Antonius Dallaire.

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Vingt ans se sont écoulés depuis l’indicible génocide du Rwanda. Trop peu de temps pour qu’on puisse vraiment encore saisir toute la portée historique, ou géopolitique de ces funestes événements, mais assez pour que les stigmates de cet horreur sur les populations affectées soient bien visibles…

Pour la population du Canada, le génocide rwandais sera pour toujours associé au calvaire vécu par le général Roméo Dallaire et son équipe là-bas mais aussi à la démystification du syndrome post-traumatique. Militaires et civils (aide humanitaire, journalistes, etc) qui sont aux premières lignes de tous les enfers de la terre, conflits armés, catastrophes naturelles, épidémies, famines et j’en passe, tous ces gens s’exposent à des séquelles physiques, bien sûr, mais aussi psychologiques, au premier chef les effets dévastateurs causés par le syndrome post traumatique.

Professionnellement, j’ai eu la chance de côtoyer beaucoup de militaires et de civils qui ont travaillé pour le ministère de la défense nationale ou d’autres ministères à vocation internationale qui sont en appui aux opérations internationales du gouvernement canadien ou des forces canadiennes. Parmi les militaires avec qui j’ai eu la chance de collaborer, il y a le major Luc Racine du Centre de formation des FC pour le soutien de la paix (Kingston), un membre du Royal 22e Régiment. Oui, le même Luc Racine qui fut aide de camp de Roméo Dallaire pendant l’atroce génocide du Rwanda.

D’abord, le major Racine m’a beaucoup appris sur ce qu’était le concept de « maintien de la paix » dans le cadre d’opérations multinationales. Suite au traumatisme rwandais, ce militaire qui souffrait de graves symptômes du syndrome post-traumatique, a continué à servir lors de différentes opérations en sol africain; comme si son destin allait être intimement lié à ce continent.

Dès 1999, le Maj Racine participait à la fondation d’un centre d’instruction militaire en Côte d’Ivoire destiné à renforcer les capacités africaines de maintien de la paix (le Centre d’instruction Zambakro, fruit d’une entente, principalement entre la France et la Côte d’Ivoire). En 2006, suite aux ententes de Koulikoro (ville malienne), c’est désormais une école de plus grande envergure que l’on mettrait sur pied, l’École de maintien de la Paix (EMP) de Bamako au Mali. Dorénavant, l’EMP de Bamako serait un centre d’instruction militaire moderne auquel contribueront plusieurs pays, dont le Canada. Le Maj Luc Racine sera instructeur à l’EMP de Bamako, jusqu’à son décès, le 9 septembre 2008, à 48 ans.

Je me souviens encore de ce matin du 9 septembre 2008. Un collègue de travail, sachant que j’avais beaucoup écrit sur différentes opérations africaines des forces canadiennes, m’envoie une courte dépêche provenant des fils de presse. « Un militaire canadien, mort à Bamako, au Mali, dans des circonstances non-liées au opérations… » Dans le jargon militaire, on parle généralement de suicide. Luc Racine venait de se suicider.

J’ai eu la chance de discuter avec lui de sa traumatisante expérience au Rwanda, même un peu du syndrome post-traumatique. J’ai le souvenir d’un homme au ton calme, posé, passionné de l’Afrique. J’ai été très touché par la nouvelle, mais pas vraiment surpris. Quiconque côtoie des victimes du syndrome post-traumatique est en mesure de saisir à quel point ce mal est insidieux, dévastateur et souvent, fatal.

En l’honneur du Major Luc Racine, de l’influence qu’il avait eu sur moi, professionnellement (et personnellement aussi), j’avais soumis ce texte au concours littéraire Le Nord.

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Quelques textes ont été écrits afin de souligner les 20 ans du génocide rwandais, de la traumatisante expérience que cela fut (et est encore) pour la population de ce pays et ceux qui s’y trouvaient à ce moment-là. Je souligne ce texte (en anglais) de Sue Montgomery (oui l’instigatrice de #beenrapedneverreported), l’excellente journaliste du Montreal Gazette.

Il est important de ne jamais oublier le sacrifice que font ceux qui bravent maints dangers afin de se rendre dans tous les enfers de la terre, tantôt pour aider, sinon pour rapporter ce qui s’y passe. Quant au travail des militaires, je dirai ceci; on peut être en désaccord avec la politique d’un gouvernement par rapport aux opérations dans lesquelles il implique les forces armées, cependant, on doit éviter, à mon humble avis, de critiquer le travail des militaires eux-mêmes. Ceux-ci obéissent aux directives qui leurs sont données, parfois, au péril de leur vie, ou de leur santé physique et mentale.

En ce sens, chaque année, lors du jour du souvenir, j’ai une pensée pour des gens comme Luc Racine, ou, plus près de moi, un membre de ma famille qui a connu l’enfer des conflits dans les Balkans à une époque où l’on ne parlait pas de ces choses-là. À une époque où être victime du syndrome post-traumatique se vivait dans le silence troublant de séquelles qui étaient impossibles à contenir.

Notre devoir de mémoire n’est pas incompatible avec des convictions qui nous font nous battre contre les politiques militaristes de certains gouvernements… Loin de là…

*******

Ici, reproduction (en français et en anglais) d’un texte publié le 17 septembre 2007, fruit de discussions avec le major Luc Racine. On y trouve les dernières images qu’il m’avait envoyées de Bamako au Mali.

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Ici, ma chronique de cette semaine au Voies du retour à la radio de Radio-Canada, Ottawa-Gatineau où je rend hommage à Luc Racine.

Ici, un article dans le journal Voir de Mélissa Proulx sur un bédéiste de l’Outaouais qui a canalisé son expérience traumatisante (et ses séquelles psychologiques, lui, atteint aussi du syndrome post-traumatique) en création littéraire…

Ici un documentaire de l’ONF fait par l’homme de théâtre Claude Guilmain, Entre les lignes, hommage aux combattants canadien-français de la Première Guerre mondiale où l’on découvre la plume sublime de Claudius Corneloup.

VG et DGEQ, inquiétudes légitimes des indépendantistes…

•15 octobre 2014 • Laisser un commentaire

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Article intéressant hier de l’éditorialiste du Devoir Antoine Robitaille sur le long intérim du Vérificateur général du Québec, un poste pourvu, selon la tradition de l’Assemblée nationale, à l’unanimité des partis. Le hic, c’est que le PQ s’oppose farouchement à la fin de l’intérim du VG actuel, que les indépendantistes jugent partial et contre eux.

Antoine Robitaille se souviendra pourtant de l’article de son collègue commentateur politique chevronné au Devoir, Michel David qui écrivait ceci en juin alors que le gouvernement Couillard débutait sa gouvernance et que le VG venait de lui apporter un coup de main à peine voilé :

« Le vérificateur général par intérim, Michel Samson, ne devrait pas trop s’inquiéter de son avenir professionnel : après le coup de main qu’il vient de donner au gouvernement Couillard, il devrait bientôt se voir attribuer le poste de façon permanente. »

Source : http://www.ledevoir.com/politique/quebec/410143/les-annees-de-plomb

L’intervention du VG dans les affaires de gouvernance de façon partiale est, effectivement, troublante. Mais le PQ avait toutes les raisons de s’inquiéter de ce travers qui n’est, cependant, pas surprenant quand on se rappelle à quel point le PLQ sous Charest a politisé la haute fonction publique.

Lors de la dernière campagne électorale, comment ne pas être dégouté par l’intervention partiale du Directeur général des élections à un moment crucial de la campagne sur un thème fondamental de celle-ci. On se souviendra des commentaires du porte parole du DGEQ Denis Dion, pourtant expérimenté et ne pouvant plaider l’innocence, alors qu’on se déchirait sur la question référendaire. Ses paroles ont été un appui direct à l’argumentaire libéral, elles auraient pu être écrites par le camp de Couillard :

« Soyez sûr d’une chose: si le Parti québécois est élu majoritaire, on part. C’est clair, clair, clair qu’il va y avoir des plans parce que ça, c’est un exercice immense, explique le porte-parole du DGEQ, Denis Dion. On va prendre nos vacances d’été, mais ne vous cassez pas la tête, il va y avoir des plans très rapidement, le patron va se diriger très rapidement vers une préparation de cette affaire-là! »

Source : http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/dossiers/elections-quebecoises/201403/27/01-4752079-le-dgeq-planifiera-un-referendum-si-le-pq-est-elu-majoritaire.php

Le DGE en fonction Jacques Drouin s’est dissocié des propos de son porte-parole, mais le mal était fait et le clan libéral a beaucoup profité de cette intervention inacceptable d’un haut-fonctionnaire sur un sujet central de la dernière campagne électorale.

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En ce sens, les craintes du parti Québécois sur la partialité de ces agents de l’état dont on doit absolument s’assurer de l’impartialité sont tout à fait légitimes. Quand on ajoute ces interventions à celles de médias qui sont ouvertement fédéralistes (et qui ne trouvent pas écho au sein de médias qui seraient ouvertement indépendantistes), comment ne pas s’inquiéter que les indépendantistes ne jouent pas à armes égales avec leurs adversaires politiques?

PKP, pourquoi jouer le jeu de nos adversaires…

•4 octobre 2014 • Laisser un commentaire

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(image: lestudio1.wordpress.com)

Un suicide politique. Comment voir la chose autrement. Pourtant, Jean-François Lisée mérite mieux; du moins, si on se fie à ses états de service au sein du mouvement indépendantiste.

Monsieur 2%. Cela ne lui va pas bien du tout. Une gifle très certainement pour un gars qui se voyait légitimement succéder à Pauline Marois avant…

Avant.

Ça c’était avant que la toute petite planète politique du Québec ne tremble un jour de mars dernier. Le poing en l’air, caduque, il est vrai, mais le portrait, l’état des prétendants à la succession de la première PM du Québec a vraiment été chambardé ce jour là.

Tous les prétendants à la direction du PQ le savent très bien. Trop bien. Dans le cas de Lisée, la claque est particulièrement violente, dernier dans la course avec un maigre 2% d’appuis, lui, avalé d’emblée par le maelstrom PKP, lui plus à gauche, débordé par des plus jeunes, par Cloutier, par Ouellet, même Drainville. Assurément, cela doit être difficile à accepter.

Est-ce une raison pour jouer le jeu des adversaires, nombreux, coriaces, impitoyables, du PQ?

Qu’on aime ou pas PKP, si les tactiques à l’interne de ses adversaires au sein du parti réussissaient à le décourager de briguer la succession de Pauline Marois, le PQ en sortirait-il gagnant? Si PKP décidait qu’il ne vaut pas la peine de se dédier au combat pour l’indépendance au sein d’un parti qui préfère les guerres intestines toutes teintées des égos démesurés des uns et des autres, le PQ redorerait-il son image au sein de l’électorat au sens plus large?

Car l’ultimatum lancé par Lisée à son collègue de St-Jérôme est un cadeau inespéré pour les François Legault, Philippe Couillard et tous les autres fédéralistes qui craignent comme la peste l’élection à la direction du PQ de cet adversaire redoutable. Donc la longue tradition du « tirage dans le pied tout péquiste », barrons la voie à cet importun personnage! Ne lui laissons même pas la chance d’être éprouvé au fil d’une longue campagne à la chefferie, « d’un coup que ça marcherait! », d’un coup que ce serait lui le bon candidat cette fois-ci…

À Jean-François Lisée, j’aurais le goût de poser la question suivante : préférons-nous un patron de la presse qui joue, politiquement, visière ouverte ou d’autres qui font, et défont les gouvernement au Québec depuis trop longtemps à partir de l’antichambre du pouvoir?

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Si on veut jaser de l’influence des grands industriels ou magnats de la presse sur le milieu politique, voici une petite perle : «l’influence sur le milieu fédéral et provincial de cette société [Power Corporation] est indéniable». David Jacobson, ambassadeur des États-Unis au Canada, 2011.

En effet, un ex ambassadeur de notre plus important partenaire commercial s’était plaint aux autorités canadiennes de l’influence démesurée des Desmarais sur la gouvernance tant au provincial qu’au fédéral.

“L’ambassadeur Jacobson y fait spécifiquement référence à l’influence de Power Corporation sur les politiques énergétiques des gouvernements. Il s’interroge sur les pressions qu’auraient pu exercer les dirigeants de Power Corporation sur le premier ministre Jean Charest lors de la conférence sur les changements climatiques de Copenhague, en décembre 2009. Le Devoir, 19 mai 2011.

Cet article du Devoir donne le tournis. Nous connaissons l’emprise qu’a la famille Desmarais sur le PLQ, mais certains détails sont ahurissants. Comment accepter, par exemple, que Jean Charest, PM du Québec en fonction, séjourne à Sagard chez l’un des industriels les plus importants de la province, dont les ramifications touchent beaucoup de secteurs et nombres de contrats avec le gouvernement.

Et si l’on compare l’influence au sein des équipes éditoriales des deux grands groupes de presse ici en cause sur la politique provinciale, le constat est encore plus aberrant. Il est difficile de trouver un biais éditorial résolument favorable au PQ chez Quebecor. De fait, au sein de ce groupe de presse, on privilégie une pluralité d’opinions et on ne trouve pas de position éditoriale assumée en fonction des intérêts du groupe. Quebecor est dirigé, depuis le départ de PKP, par un ancien PM du Canada et fervent fédéraliste, Brian Mulroney. Les pages opinions sont aussi confiées à un fédéraliste déclaré, Jean-Jacques Samson.

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À contrario, Gesca défend, dans les pages éditoriales de tous ses quotidiens la seule position des intérêts des proprios. La dernière élection au Québec a permis à ce groupe de presse d’assoir de façon équivoque le biais des quotidiens régionaux aux intérêts de l’empire. Tous unis contre les indépendantistes, aucune nuance.

C’est dans ce paysage médiatique que Lisée attaque son collègue Péladeau. Pourquoi jouer le jeu des adversaires? Pourquoi imposer, encore une fois, aux seuls indépendantistes le diktat de la vertu? Le Québec est dirigé à l’heure actuelle par un médecin qui a eu recours aux paradis fiscaux et qui impose une austérité idéologique qu’il a caché en campagne électorale, un type qui menait le ministère de la santé, contrat du privé en poche pendant plusieurs semaines…

Allo! L’adversaire il est devant, pas à côté. Et si au terme des 5 ou 6 durs mois de campagne à la chefferie du PQ les membres, les militants (et qui sait, les sympathisants indépendantistes non-alignés!) désignaient Péladeau comme successeur, il faudra bien se rallier non?

Non? Allez amis péquistes… N’apprendrez-vous donc jamais!